Via Sicura : casse-tête pour les secours

Le programme de sécurité routière limite les policiers, pompiers et ambulanciers dans leurs ...
Via Sicura : casse-tête pour les secours

Le programme de sécurité routière limite les policiers, pompiers et ambulanciers dans leurs missions quotidiennes, notamment en termes de vitesse. Points de vue neuchâtelois

Photo d'illustration. Photo d'illustration.

Le premier paquet de mesures Via Sicura était entré en vigueur le 1er janvier 2013 mais continue de poser problème aux diverses entités de secours. L’Union syndicale des polices romandes s’en faisait encore l’écho à l’issue de son assemblée générale le 21 mars à Lausanne. Plusieurs policiers se sont retrouvés lourdement sanctionnés par la justice pour des excès de vitesse réalisés dans l’exercice de leurs fonctions, indique l’USPRO, ce qui « péjore gravement la capacité d’un urgentiste à se concentrer sur sa prestation légitime due à la population ». La problématique concerne également les pompiers, les ambulanciers ou encore les médecins urgentistes.

De son côté, la Police neuchâteloise partage ces inquiétudes, même si aucune sanction Via Sicura n’est tombée pour l’un de ses collaborateurs ces cinq dernières années, selon le chargé de communication Georges-André Lozouet. À ses yeux, ces conséquences pénales ne devraient pas constituer un obstacle à une intervention. Des consignes claires sont données aux agents pour tenter d’éviter les sanctions : ceux-ci doivent respecter un principe de proportionnalité, ne pas créer de danger supplémentaire lors d’une intervention et ne pas tomber dans un délit de chauffard. Malgré tout, certaines situations de stress vont pousser les policiers à appuyer sur l’accélérateur. Georges-André Lozouet évoque le cas de collègues confrontés à des violences domestiques et à une arme blanche brandie, qui attendent des renforts. Le chargé de communication voit donc un paradoxe à risquer d’être soi-même dénoncé à l’issue d’une intervention visant à sauver des vies ; « une contradiction qui nécessite des réponses », selon lui.


« Des tracas administratifs supplémentaires »

De son côté, le commandant du Service d’incendie et de secours des Montagnes neuchâteloises, Thierry König, indique que la santé du patient reste l’enjeu premier, lors d’interventions d’ambulanciers. À ses yeux, Via Sicura est avant tout une source de tracas administratifs supplémentaires lorsqu’il faut justifier des excès de vitesse. Il prend l’exemple d’un transfert urgent vers les Hôpitaux universitaires de Genève qui peut donner lieu à des sanctions dans trois cantons différents, auxquels il faudra fournir des justificatifs. Ces questions administratives prennent une dimension certaine lorsqu’on sait que le SIS des Montagnes neuchâteloises réalise 13'500 sorties annuelles, dont 5'000 de manière prioritaire avec feux bleus et sirènes.


Une bonne gestion avant tout

Le son de cloche est un peu différent du côté de Frédéric Mühlheim, à la tête du Service communal de la sécurité de la Ville de Neuchâtel. Pour lui, c’est par une bonne gestion de ses bases que l’on sauve des vies et pas en roulant à toute allure. « Il faut partir du bon endroit », dit-il. Il mise aussi sur un système de « premiers répondants », soit des personnes aptes à réaliser les premiers gestes de secours en attendant l'arrivée de l'ambulance. Pompiers et ambulanciers ont ainsi des limites très strictes à respecter : ne pas dépasser de plus de 30 km/h la vitesse légale sur les autoroutes et les routes secondaires, et de plus de 20 km/h lorsque la vitesse est limitée à 50 km/h ou 30 km/h. « Un feu rouge qui doit être grillé doit l’être au pas », ajoute-t-il. Quant à la surcharge administrative que Via Sicura implique, « elle se justifie » aux yeux de Frédéric Mühlheim. /sbe


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