Sanctions contre la Russie: impact à Neuchâtel

Bientôt six ans après sa création à Neuchâtel, le Swiss Russian Industrial Business Club subit ...
Sanctions contre la Russie: impact à Neuchâtel

Installé à Neuchâtel, le Swiss Russian Industrial Business Club est victime des sanctions contre la Russie

Petite Rochette, Neuchâtel Le Swiss Russian Industrial Business Club était installé dans la Petite Rochette, au cœur de Neuchâtel.

Bientôt six ans après sa création à Neuchâtel, le Swiss Russian Industrial Business Club subit de plein fouet les sanctions européennes infligées à la Russie depuis 2014. Cette plateforme d’affaires russo-suisse a été lancée pour développer les relations économiques entre les deux pays. Le club devait notamment servir de cadre pour développer un partenariat établi entre le CSEM et une entreprise russe spécialisée dans l’aéronautique. Les deux entités souhaitaient œuvrer à l’élaboration de systèmes de navigation pour avions et hélicoptères. Or ce projet a fait long feu. Le Centre suisse d’électronique et de microtechnique a mis fin à la coopération en raison de possibles visées militaires. Depuis, le CSEM n’a plus de partenariat en cours sous l’égide de ce club. (Lire ci-dessous)

 

Petite Rochette, Neuchâtel La Petite Rochette est à vendre pour un peu moins de six millions de francs.

La Petite-Rochette à vendre

Le Swiss Russian Industrial Business Club se voit aussi contraint de vendre la Petite-Rochette, somptueuse demeure qu’il occupe depuis ses débuts, au cœur de Neuchâtel. La bâtisse du XVIIIe siècle est d’ailleurs disponible sur les sites d’annonces immobilières pour la modique somme de 5,8 millions de francs.

Sergei Ganin, directeur du club d’affaires, précise que l’entreprise propriétaire de l’hôtel particulier, CIM-Ingenia, est en mains de l’État russe, et a vu ses comptes en banque fermés à la suite des sanctions contre la Russie. De quoi donner un coup d’arrêt aux travaux de rénovation de la Petite Rochette.

Enterrée aussi la perspective d’y implanter un jour une représentation officielle russe. Sergei Ganin nourrit malgré tout un infime espoir de trouver un acheteur qui veuille investir dans un projet commun. Mais l’avenir de ce club en terre neuchâteloise reste plus flou que jamais. À l’heure actuelle, seule la Petite Rochette abrite encore un des projets du club russo-suisse, à savoir le Centre éducatif russe Rostok ; ce centre offre notamment aux enfants d’expatriés des cours de langue et de culture russes, ainsi que des cours de russe aux adultes.

 

Réseautage et événementiel

Malgré ces difficultés, le directeur du club, Sergei Ganin, tire un bilan positif de ces cinq dernières années. Parmi les succès à mettre à l’actif de cette plateforme, l’accord de coopération économique signé entre le canton de Neuchâtel et la région industrielle de Samara, à 1000 kilomètres au sud-est de Moscou. Il cite la venue à Samara du conseiller d’État neuchâtelois, Jean-Nath Karakash, au mois de juin de l’année dernière. Le Chef de l’Economie emmenait une importante délégation neuchâteloise avec notamment plusieurs acteurs de la recherche, dont le CSEM, l’EPFL Neuchâtel, l’université de Neuchâtel, la Haute-Ecole Arc et des industriels, à l’occasion d’un forum de l’innovation russo-suisse.

Bilan positif aussi du côté des autorités neuchâteloises. Le Canton tient à relever  les réussites de ce Swiss Russian Industrial Business club. Dans une réponse écrite du Canton fournie par l’Office de promotion économique, les autorités relèvent que cette organisation a permis d’augmenter la visibilité du canton de Neuchâtel dans la région de Samara, l’une des plus dynamiques de Russie. La Petite Rochette a offert un cadre exceptionnel pour accueillir des délégations russes de haut niveau à Neuchâtel et pour l’organisation d’événements et de rencontres stratégiques.

Le Canton de Neuchâtel reconnaît toutefois que les sanctions contre la Russie ont compliqué les relations d’affaires, sans entraver le partenariat « aux niveaux académique, scientifique, économique et personnel ». 

Des acquis malgré l’incertitude

La perspective de la mise en vente de la Petite-Rochette « attriste » les autorités neuchâteloises qui regrettent la possible disparition de ce lieu, comme celle d’un pont entre le Canton et l’économie russe au cœur de Neuchâtel. Reste que l’éventuel départ de cette plateforme de Neuchâtel ne signifie pas la fin des relations d’affaires avec Samara. La ville russe abrite le Swiss Center Samara, une mission économique au service des PME neuchâteloises qui souhaitent investir dans cette région russe. Quoi qu’il en soit, les relations russo-neuchâteloises sont au beau fixe à en croire les autorités cantonales. Le Canton se réjouit que ses interlocuteurs russes, même au plus haut niveau, « ont une grande admiration vis-à-vis des compétences, pointues, développées dans un si petit canton depuis des siècles et vouent un amour qui semble indéfectible vis-à-vis de la culture suisse. »

Sergei Ganin ne dit pas autre chose. L’homme, qui se présente aussi comme le représentant de l’ingénierie russe en Suisse pour la Douma d’État, reste attaché à Neuchâtel, où il travaille depuis plusieurs années. Son vœu est d’y organiser encore cette année ou la suivante la 3e édition du forum russo suisse intitulé "Innovation Day". Il espère surtout les investisseurs suisses sauront ne pas se mettre au diapason des sanctions européennes et profitent du potentiel du marché russe. /gdw

Le Centre suisse d’électronique et de microtechnique était partie prenante du Swiss-Russian Industrial Business Club, via  un partenariat avec la société russe d’aéronautique Ramenskoye Design Company. Un projet abandonné. Entretien avec Georges Kotrotsios, vice-président du Marketing et du développement des affaires pour le Centre suisse d’électronique et de microtechnique:

 

Gabriel de Weck : pourquoi avoir abandonné ce projet ?

Georges Kotrotsios : ce partenariat devait concerner l’aviation civile. Dès que nous avons perçu après une discussion très transparente avec nos partenaires, que le projet pourrait aussi concerner le militaire, nous avons abandonné très rapidement ce partenariat. Il faut savoir que le CSEM ne s’implique pas dans des projets qui sont liés de près ou de loin avec l’armement. On a pris cette décision bien avant les sanctions infligées à la Russie lors de la crise ukrainienne.

 

Vous avez donc quitté le navire rapidement ?

Le navire du projet mais pas le club, dans lequel nous sommes restés durant plus de deux ans. Une expérience très positive. Le Swiss Russian Industrial Business Center nous a permis de tisser des relations avec des industriels suisses et étrangers. Ce club nous a aussi permis d’organiser l’un des événements majeurs du CSEM en avril 2014 (Mars and Beyond, organisé à l’occasion des 30 ans du centre). Nous avons réuni l’astronaute américain Charlie Duke, qui a marché sur la Lune avec Apollo 16, notre président Claude Nicollier et une femme extraordinaire, la cosmonaute russe Elena Kondakova, qui a passé six mois dans l’espace avec les Russes, avant de voler avec les Américains. Donc le club nous a aidés à faire cet événement, qui a énormément contribué au rayonnement du CSEM et du canton. Évidemment, il y a eu les sanctions contre la Russie et la donne a complètement changé.

 

Le Canton de Neuchâtel cultive des relations aux niveaux économique, scientifique et académique avec la région de Samara. Est-ce que le CSEM est impliqué d’une manière ou d’une autre ?

La Russie est un pays au potentiel économique et scientifique énorme. Samara en particulier est une région très importante pour l’industrie automobile et spatiale. Toute initiative comme celle du Canton de Neuchâtel qui vise à créer des liens dans le monde globalisé d’aujourd’hui permet à nos PME de créer des liens qu’elles n’ont pas les moyens de tisser seules, contrairement aux grands groupes. Dans ce cadre, nous avons pris part en juin dernier avec Swissmem et une importante délégation du canton de Neuchâtel au forum de l’innovation organisé à Samara pour établir des liaisons et c’était très positif.


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