Madagascar élit son président dans un climat inquiet

Madagascar a commencé mercredi à voter pour le second tour d'une élection présidentielle au ...
Madagascar élit son président dans un climat inquiet

Les Malgaches aux urnes pour élire leur nouveau président

Photo: KEYSTONE/AP/THEMBA HADEBE

Les Malgaches votaient mercredi pour élire leur président dans un scrutin aux airs de revanche. Il oppose les deux poids lourds de la scène politique locale depuis plus de dix ans, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, déterminés à retrouver le pouvoir.

La rivalité et l'inimitié qui opposent les deux ex-chefs de l'Etat font redouter de vives tensions à la proclamation des résultats, dans un pays habitué des crises politiques depuis son indépendance de la France en 1960. Selon la plupart des analystes, le résultat s'annonce serré.

Au terme d'une journée de scrutin sans incident notable, les opérations de dépouillement ont débuté en fin de journée dans une chaude ambiance. Dans les 10 bureaux de vote du lycée JJ Rabearivelo, dans le centre de la capitale Antananarivo, le comptage de chacune des voix des candidats numéros 25 et 13, a été salué par les cris de joie de leurs partisans. Sans surprise, Marc Ravalomanana est arrivé largement en tête dans ce quartier, un de ses fiefs.

Affrontement en 2009

Andry Rajoelina, un ex-publicitaire et disc-jockey de 44 ans, a viré en tête à l'issue du premier tour avec 39,23% des voix. Marc Ravalomanana, 69 ans, qui a fait fortune à la tête d'un groupe laitier, le talonnait avec 35,35%.

Les deux finalistes ont voté tôt dans la matinée dans la capitale Antananarivo. 'Je suis confiant, je pense que le peuple malgache tranchera une bonne fois pour toutes celui qui dirigera le pays', a déclaré M. Rajoelina. 'Avec la participation de tout le peuple malgache, j'espère que l'on va changer Madagascar', a lancé en retour M. Ravalomanana.

Elu président en 2002, M. Ravalomanana a été contraint à la démission sept ans plus tard par une vague de violentes manifestations ourdies par M. Rajoelina. Maire de la capitale, ce dernier avait alors été installé par l'armée à la tête d'une présidence non-élue.

Accusations

Ils avaient été privés de revanche en 2013, interdits de candidature à la faveur d'un accord de sortie de crise validé par la communauté internationale.

Pour rallier les indécis et les abstentionnistes, MM. Rajoelina et Ravalomanana n'ont pas lésiné sur leurs moyens, apparemment illimités, ni sur les accusations.

Lors de leur second débat télévisé dimanche, Marc Ravalomanana a reproché en creux à son rival de préparer la fraude, affirmant que 'des fausses cartes d'identité et de fausses cartes d'électeurs circulent'.

Tard mardi soir, il a remis à la Commission électorale (Ceni) un lot de 400 bulletins de vote vierges tombés entre les mains de ses partisans. 'C'est une infraction grave', a commenté le président de la Ceni, Hery Rakotomanana. Mercredi, Marc Ravalomanana a assuré qu'il respecterait les résultats. 'Mais je ne les accepterai jamais s'il y a fraude', a-t-il clairement mis en garde.

'On essaie de lancer des rumeurs ici et là', a répondu, un rien agacé, son adversaire. 'Nous allons attendre le résultat dans la paix et la sérénité. Je suis un démocrate et j'accepterai le verdict des urnes'.

Grande pauvreté

Pour nombre d'observateurs, ces échanges aigres-doux font planer l'ombre de vives tensions dès l'annonce des premiers résultats significatifs, annoncés par la Ceni pour le lendemain de Noël.

'Les résultats pourraient être très serrés et, dans ce contexte, même des irrégularités très minimes pourraient amener l'un ou l'autre candidat à les contester', a pronostiqué Marcus Schneider, analyste à la fondation allemande Friedrich Ebert.

'Pour Marc Ravalomanana, c'est une question de vie ou de mort. Son groupe ne peut pas survivre s'il ne reprend pas le pouvoir', a résumé l'expert Paul Rabary. 'Quant à Andry Rajoelina, son histoire personnelle est salie par le coup d'Etat. Il doit gagner pour laver son honneur'.

Ce face-à-face au tour très personnel a largement occulté les problèmes de fond du pays, un des plus pauvres du continent africain. Manque criant d'infrastructure, corruption, insécurité, pauvreté, la Grande île et ses 25 millions d'habitants cumulent tous les handicaps. Victime du réchauffement climatique, sa pointe sud souffre depuis des années d'une sécheresse qui met en péril sa population.

/ATS
 

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