L'Italien Giuseppe Conte n'attend pas des mots, mais des actes

Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a déclaré jeudi à son arrivée à Bruxelles ...
L'Italien Giuseppe Conte n'attend pas des mots, mais des actes

L'Italie bloque le sommet européen pour obtenir des actes

Photo: KEYSTONE/EPA/NICOLAS LAMBERT

L'Italie a fait monter la pression jeudi soir sur ses partenaires européens en bloquant l'adoption de premières conclusions d'un sommet sous tension à Bruxelles, pour obtenir des engagements concrets de solidarité dans la gestion de la question migratoire.

Le chef du gouvernement populiste italien, Giuseppe Conte, a refusé jeudi soir d'approuver une première salve de conclusions, portant notamment sur la défense et le commerce, avant même que ne commence le débat sur les migrations entre les dirigeants des 28.

'Rien n'est approuvé tant que tout n'est pas approuvé', a justifié une source gouvernementale italienne pour expliquer sa position, tandis que les présidents de la Commission européenne et du Conseil européen devaient reporter à vendredi la conférence de presse prévue jeudi soir à mi-parcours du sommet.

'Nous attendons des actes', avait d'emblée déclaré à son arrivée à Bruxelles le Premier ministre italien, qui reproche à ses voisins de laisser l'Italie gérer seule les arrivées de migrants. Il avait alors déjà menacé de bloquer l'adoption de conclusions communes, qui doit recueillir l'unanimité.

'Ça a été une discussion très virulente et tout le monde est tombé sur l'Italien' quand il a refusé d'approuver les premières conclusions du sommet, a expliqué une source européenne.

L'UE 'face à son destin'

Le Conseil européen réuni à Bruxelles ponctue deux semaines de bras de fer diplomatique autour de navires transportant des migrants secourus en Méditerranée, auxquels Rome a refusé l'accostage.

Il est aussi marqué par la fragilité inédite de la chancelière allemande Angela Merkel, dont l'autorité est défiée sur la question migratoire. Son ministre de l'Intérieur menace de refouler aux frontières les migrants déjà enregistrés ailleurs, de manière unilatérale, faute de mesures européennes contre les déplacements de migrants dans l'UE.

'L'Europe a beaucoup de défis mais celui lié à la question migratoire pourrait décider du destin de l'Union européenne', a prévenu jeudi Mme Merkel, appelant à des solutions 'multilatérales' et non 'unilatérales'.

Le président français Emmanuel Macron est allé dans le même sens, écartant les 'solutions nationales' à la question migratoire. 'Je défendrai des solutions européennes de coopération dans l'UE', a-t-il plaidé à son arrivée à Bruxelles.

Débat 'enflammé'

'Le débat sur les migrations s'enflamme de plus en plus', s'est pour sa part inquiété le président du Conseil européen, Donald Tusk, craignant que l'absence de solution européenne fournisse 'un nombre croissant d'arguments' à des mouvements populistes, et ce alors même que les arrivées sur les côtes européennes ont chuté de manière spectaculaire comparé au pic enregistré à l'automne 2015.

Le sommet devait initialement permettre de débloquer la réforme du régime d'asile européen, enlisée depuis deux ans. Mais cet objectif a été abandonné, les divergences étant trop fortes sur la réforme du Règlement de Dublin, qui confie aux pays de première entrée dans l'UE la responsabilité des demandes d'asile.

La Commission propose de déroger à ce principe ponctuellement en période de crise, avec une répartition des demandeurs d'asile dans l'UE depuis leur lieu d'arrivée. Mais des pays comme la Hongrie et la Pologne, soutenus par l'Autriche, s'y opposent frontalement.

L'Italie demande au contraire un système permanent de répartition, et l'abandon pur et simple du principe de la responsabilité du pays d'arrivée.

- 'Si le droit est respecté' -

Face aux divisions qui persistent sur la dimension interne de la politique migratoire, Donald Tusk devait proposer aux dirigeants des pays de l'UE de se concentrer sur un objectif consensuel: la poursuite de la lutte contre les arrivées irrégulières.

Il mettra ainsi sur la table une proposition nouvelle: la création de 'plateformes de débarquement hors de l'Europe' pour les migrants secourus en mer, qui 'mettrait fin au modèle économique des passeurs'.

Débarquer les migrants hors de l'UE épargnerait aux Européens de se quereller pour la prise en charge de navires. Mais les contours du projet restent encore très flous, et il suscite de nombreuses questions sur sa compatibilité avec le droit international.

/ATS
 

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