Médias: le divertissement prend l'avantage sur l'information

Les médias suisses privilégient toujours plus le divertissement au détriment des thématiques politiques, économiques et culturelles. Ils ont aussi toujours moins les moyens de hiérarchiser l'information. "Une véritable dictature de l'audimat", déplorent les auteurs des Annales 2014 sur la qualité des médias.

"C'est la démocratie de l'information qui est en jeu", a déclaré lundi devant les médias à Berne le professeur Kurt Imhof en présentant les résultats de l'étude. Le journalisme occupe une fonction centrale dans la démocratie, car il permet de susciter le débat. La baisse de qualité des médias constatée est donc très problématique, a-t-il poursuivi.

Selon l'institut zurichois "fög", qui a élaboré et publié l'étude, "la qualité n'est pas récompensée économiquement". Les moyens financiers nécessaires à un journalisme diversifié manquent et la qualité générale des médias s'en ressent.

Culture de la gratuité

Le budget média des consommateurs augmente certes, mais les dépenses consacrées uniquement au journalisme d'information fondent comme neige au soleil. "La Suisse est un pays de journaux gratuits", affirme l'étude, chiffres à l'appui. La part des quotidiens gratuits y atteint 30% du tirage global de tous les titres, plus que dans d'autres pays européens.

Cette "culture de la gratuité" est également mise en évidence par l'introduction tardive en Suisse des plates-formes d'information en ligne payantes. Pour l'instant, seuls la "Neue Zürcher Zeitung", "Le Temps" et le "Tages-Anzeiger" disposent d'un "paywall" (barrière payante).

La qualité de l'information chute particulièrement sur les sites Internet des journaux, constatent les auteurs de l'étude. Même remarque pour les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook, qui privilégient les nouvelles divertissantes, selon l'étude.

Mesures d'économie

Du côté des syndicats de la branche, on partage ces constats. "Le 'trend' des cinq dernières années montre une baisse de la qualité dans tous les types de médias, c'est inquiétant", a déclaré à l'ats Stéphanie von Arburg, secrétaire centrale du syndicat syndicom.

Et de mettre en cause les mesures d'économie prises par les éditeurs dans les rédactions, afin de réduire les coûts. "La baisse de la qualité des médias est clairement liée à la détérioration des conditions cadre de travail."

Radio publique

Les chercheurs ont étudié les médias de tous genres selon leur diversité, pertinence, actualité et professionnalité. La radio publique obtient le meilleur score. Elle est suivie des quotidiens suprarégionaux payants ("NZZ", "Le Temps") puis de la télévision publique. Les radios et télévisions privées sont situées dans la deuxième moitié du peloton. La presse de boulevard, les gratuits et les médias en ligne sont les plus mal notés.

Les Annales 2014 sont sujettes à controverse dans le monde des médias. Pour l'association des éditeurs "Médias suisses", "la qualité des médias suisses est bonne. L'offre est diversifiée et attractive." Les accusations que les auteurs font année après année ne sont pas devenues plus vraies, selon les éditeurs.

/ATS


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