L'initiative d'Ecopop inquiète le monde politique et l'économie

Quelques mois après l'acceptation de l'initiative contre l'immigration de masse, un autre scrutin sème la panique dans les milieux politiques et économiques. Le 30 novembre, le peuple se prononce sur le texte de l'association Ecologie et population (Ecopop), qui veut réduire drastiquement la venue d'étrangers en Suisse.

L'initiative populaire "Halte à la surpopulation - Oui à la préservation durable des ressources naturelles" veut limiter la croissance annuelle de la population due à l'immigration à 0,2% sur une moyenne de trois ans.

Moins de 17'000 personnes, réfugiés compris, pourraient s'établir en Suisse chaque année, alors qu'en 2013, le solde migratoire a atteint 87'000. Ecopop exige en outre que 10% des fonds de l'aide au développement, soit environ 150 millions de francs par an, aillent au contrôle des naissances dans les pays pauvres.

Cette deuxième requête a failli coûter cher au comité d'initiative, le Parlement ayant caressé un moment l'idée d'invalider le texte en raison de l'absence d'unité de matière. Mais cette échappatoire a été finalement exclue de crainte d'un retour de balancier.

Craintes économiques

Sur le fond, le Conseil fédéral, les partis et les entrepreneurs s'alarment. En imposant un taux fixe de migrants autorisés, cette initiative va nettement plus loin que celle de l'UDC acceptée le 9 février. Cette dernière impose des contingents d'étrangers mais sans les quantifier.

La marge de manoeuvre des entreprises serait nettement réduite, puisqu'elles ne pourraient plus recruter hors des frontières en cas de boom économique. Les efforts engagés par le Conseil fédéral pour rétablir des relations apaisées avec l'Union européenne seraient mis à mal, s'inquiètent les détracteurs d'Ecopop.

Les syndicats craignent aussi un dumping salarial. En cas d'acceptation, les employeurs seront tentés de recourir à des résidents de courte durée ou à des frontaliers, avec une forte pression sur les conditions de travail.

Pas écologique mais xénophobe

Pour ses opposants, l'initiative constitue un miroir aux alouettes, car elle ne résout aucun problème environnemental. En dépit de son titre qui parle de préservation des ressources naturelles, elle ne propose aucune solution pour lutter contre la consommation excessive d'eau, de sol ou d'énergie par personne.

Sous couvert d'écologie, l'initiative considère que les personnes sont un problème. Dans ce sens, elle est "xénophobe", a même déclaré la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. Quant à l'idée d'affecter un dixième de l'aide au développement à la contraception dans les pays pauvres, elle donne de l'urticaire à nombre de milieux au vu des relents de politique colonialiste.

Sus à une Suisse de 12 millions

A l'inverse, Ecopop et ses partisans estiment que la population ne peut pas augmenter indéfiniment car les ressources ne suffisent pas. Ils vantent les mérites d'une Suisse de 9 millions d'habitants, s'inquiétant d'une possible croissance à 12 millions d'ici 2050.

La Suisse deviendrait une mégalopole avec une nature bétonnée, des trains bondés, des embouteillages, des loyers revus à la hausse et des services sociaux surchargés. L'article constitutionnel contre l'immigration de masse est insuffisant: le peuple doit désormais fixer des limites claires, selon Ecopop.

Soutien nébuleux

Pour l'heure, aucun sondage ne donne encore la tendance. Aux Chambres fédérales, seuls quatre élus ont prôné son soutien. Les écologistes se sont rapidement distanciés de l'initiative.

Mais les partisans recrutent bien au-delà des rangs de l'association Ecologie et population. Ainsi, si l'UDC ne soutient officiellement pas le texte, l'Association pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) appelle largement à voter "oui".

Parmi les défenseurs se trouvent également des personnalités venues d'horizons aussi différents que l'ex-directeur de l'Office fédéral de l'environnement Philippe Roch (PDC), l'entrepreneur et politicien schaffhousois Thomas Minder et la pasionaria de la lutte pour la libéralisation de l'avortement, la socialiste Anne-Marie Rey.

/ATS


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