Fronde de 200 scientifiques contre le Human Brain Project de l'EPFL

Quelque 200 scientifiques européens ont adressé une lettre ouverte à la Commission européenne pour remettre en cause le Human Brain Project (HBP). Ils menacent de boycotter ce grand projet de recherche sur le cerveau, dirigé par l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

Les scientifiques ont des mots très durs pour ce projet qui, selon eux, "divise la communauté scientifique depuis ses débuts". Des laboratoires ont refusé de s'y associer en raison de son approche trop étroite, qui risque de rater son but, écrivent-ils.

Ils réclament davantage de transparence. Et demandent, au besoin, de réallouer les sommes prévues à d'autres projets. Pour rappel, le HBP, grand projet de simulation du cerveau humain, a obtenu de l'Union européenne un milliard d'euros de financement sur dix ans.

Grand malaise

Le HBP suscite "un grand malaise en Suisse et en Europe", a indiqué lundi Richard Hahnloser, professeur de neurosciences à l'EPFZ et à l'Uni de Zurich, sur les ondes de la RTS, qui a révélé l'information. Il parle d'un "bâtiment plein de promesses mais sans contenu réel".

"Quel avantage y a-t-il à faire une simulation pareille alors qu'on arrive même pas à simuler un ver de terre qui a seulement 300 neurones", s'est-il interrogé. Le chercheur craint que le projet n'accapare tout l'argent dévolu aux neurosciences en Europe.

Opposant de la première heure

Gérard Escher, conseiller auprès du HBP, rappelle qu'une partie des signataires de cette lettre ouverte sont des personnes qui ne se sont jamais identifiées au projet ou qui s'y sont opposées, comme M. Hahnloser, un "opposant de la première heure".

Sur le fond, il explique que le projet porte pour l'heure, jusqu'à la mi-2016, sur 54 millions d'euros. "Il montera en puissance ensuite, et c'est là qu'il y a une dispute sur la distribution de l'argent supplémentaire", a-t-il expliqué.

Le Conseil du HBP a exclu "certaines activités de recherche classique" pour éviter "de refaire ce qu'on fait déjà en laboratoire". "Un certain nombre de gens se sont sentis privés de financement et ont écrit cette lettre", estime-t-il.

Dans quelques jours, le HBP va envoyer sa réponse officielle à la Commission européenne, ce qui va faire réagir d'autres scientifiques, a-t-il ajouté. "Il faut laisser avancer la discussion. Le projet va évoluer et mûrir au fil des années".

/ATS


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