« Un travail de dialogue va devoir se faire dans les deux sens »

La campagne nerveuse sur les deux initiatives anti-pesticides s'est soldée par deux non dimanche ...
« Un travail de dialogue va devoir se faire dans les deux sens »

La campagne nerveuse sur les deux initiatives anti-pesticides s'est soldée par deux non dimanche. Si une grande partie des agriculteurs et la droite jugent la politique agricole actuelle cautionnée par les citoyens, le camp du oui estime que tout reste à faire.

Un travail de dialogue va devoir se faire dans les deux sens, estime Anne Challandes, présidente de l'Union suisse des paysannes et des femmes rurales. Dans le camp des partisans, Fernand Cuche, ancien conseiller national (Verts/NE), trouve que le débat suscité va permettre d'aller de l'avant.

Opposée aux initiatives, la paysanne bio s'est dite soulagée, à la RTS, que les arguments aient été entendus. Maintenant, il va falloir expliquer aux gens qui connaissent de moins en moins l'agriculture 'ce qu'on fait de bien, pourquoi on le fait, quels sont les progrès' et montrer dans le milieu agricole qu'il y a une volonté de progresser et que des progrès sont possibles au fur et à mesure de la recherche, d'après elle.

Prise de conscience

Egalement à la RTS, l'agriculteur neuchâtelois Fernand Cuche a indiqué que, selon lui, le débat qui a eu lieu va provoquer une 'prise de conscience importante' au niveau des stations de recherche. 'Maintenant, il faut passer de l'agrochimie à l'agro-écologie, je suis persuadé qu'on a les moyens de réussir', a-t-il déclaré. Et de parler de lancement d'initiative si le Conseil fédéral, le Parlement ou l'Union suisse des paysans 'continuent de traîner les pieds sur cette thématique'.

'Mon souhait est que toutes celles et ceux qui ont participé à cette campagne se mettent ensemble pour un texte commun y compris, et je le souhaite, avec l'Union suisse des paysans', a encore dit M. Cuche.

Markus Ritter, président de l'Union suisse des paysans (USP) apprécie la confiance des consommateurs dans le travail des familles paysannes suisses. Le Parlement a de plus adopté la loi sur les pesticides la plus stricte d'Europe, de sorte qu'il y aura de nombreux changements dans l'utilisation des pesticides à l'avenir.

La population soutient l'agriculture suisse, s'est réjoui le conseiller national Pierre-André Page (UDC/FR). Il faut toutefois mieux informer à l'avenir sur le travail des paysans.

C'est l'élément essentiel de la votation, selon l'agriculteur. 'Je me suis rendu compte que beaucoup de parlementaires et de personnes ne savent pas comment on produit les aliments en Suisse, il faut montrer ce qu'on fait pour limiter les pesticides et que notre travail est proche de la nature et des animaux'. Et de préciser qu'il compte sur l'Union suisse des paysans pour ce faire.

Même pourcentage qu'en 2018

M. Page indique encore que le pourcentage confirme le rejet en 2018 de l'initiative 'Pour la souveraineté alimentaire'. Et de se montrer content que les jeunes paysans se soient engagés dans la campagne, qu'ils aient 'pensé à leur avenir'.

Pour la conseillère nationale Simone de Montmollin (PLR/GE), 'cela fait 40 ans que l'agriculture suisse fait de la production intégrée. L'objectif des deux initiatives est pris en considération depuis longtemps. Et tout le monde est d'accord pour bannir les produits les plus dangereux. Le mérite des initiatives aura été d'accélérer les moyens mis à disposition pour y arriver.'

'Les milieux de protection de la nature ont besoin du soutien des agriculteurs et eux dépendent aussi d'une nature et d'un environnement sain pour exercer durablement leur profession', a avancé la conseillère aux Etats (Centre/VS) Marianne Maret.

David contre Goliath

En face de l'Union suisse des paysans et des partis de droite se trouve le viticulteur neuchâtelois Jean-Denis Perrochet, l'un des sept citoyens sans appartenance politique qui a lancé l'initiative sur les pesticides de synthèse depuis le canton de Neuchâtel. 'Même si les deux initiatives n'ont pas passé, de nombreux problèmes ne peuvent plus être passés sous le tapis.'

Et de mentionner, l'insuffisance de l'homologation des produits sanitaires, les problèmes de dégradation de l'environnement, les pollutions, la disparition de la biodiversité, les problèmes de santé publique (cancers, Parkinson) sans oublier celui de l'influence politique du lobby agricole sous la Coupole.

La conseillère aux Etats Céline Vara (Verts/NE), qui s'est engagée aux côtés des initiants, est certaine que la pression va s'accentuer sur la question environnementale.

Eau contaminée

Franziska Herren, l'initiatrice de l'initiative sur l'eau potable, déplore le fait que les opposants l'aient dépeinte comme 'extrême'. Cette monitrice de fitness à Wiedlisbach (BE) a souligné qu'un choix existe si on veut manger des produits bio, mais qu'il n'y en a aucun pour plus d'un million de personnes qui boivent de l'eau contaminée par des pesticides, dépassant la valeur limite.

La Grève du climat comme le PVL à la pointe du combat en faveur du oui en Suisse romande encaissent le non à l'initiative sur les pesticides. 'Ce qui a été mal compris dans cette initiative, c'est qu'on n'attaquait pas du tout les agriculteurs, mais la politique agricole', a relevé Virginie Cavalli, coprésidente PVL Suisse.

Les organisations de protection de l'environnement vont miser sur le dialogue avec l'agriculture afin de trouver des solutions ensemble, a déclaré Philipp Sicher, responsable de la campagne 2xoui. Pour Greenpeace, la Suisse rate une occasion historique de changer de politique agricole.

Quant à la conseillère nationale (PS/FR) Ursula Schneider-Schüttel, elle attend des paysans qu'ils tiennent les promesses avancées durant la campagne.

/ATS
 

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