L'Ukraine élit son président avec un comédien comme favori

Les Ukrainiens se rendent aux urnes dimanche pour le premier tour d'une élection présidentielle ...
L'Ukraine élit son président avec un comédien comme favori

L'Ukraine vote pour la présidentielle avec un comédien comme favori

Photo: KEYSTONE/AP/EVGENIY MALOLETKA

Les Ukrainiens votaient dimanche pour le premier tour d'une présidentielle riche en incertitudes avec un comédien sans expérience politique en tête des sondages, et aux enjeux majeurs pour leur pays en guerre au coeur des tensions Est-Ouest.

Le soulèvement du Maïdan suivi de l'annexion de la Crimée par la Russie et de l'éclatement du conflit avec des séparatistes prorusses avait constitué il y a cinq ans une escalade dans la nouvelle guerre froide s'installant entre Moscou et les Occidentaux.

Elu au coeur de cette crise et porteur des aspirations pro-occidentales des Ukrainiens, le président Petro Porochenko se trouve menacé d'élimination dès le premier tour dimanche. Il est devancé dans les sondages par Volodymyr Zelensky, 41 ans, dont la seule expérience de gouvernance se résume à incarner un professeur d'histoire devenu subitement président dans une série télévisée.

Le comédien devance de loin ses rivaux avec plus de 25% des intentions de vote, selon les derniers sondages. Derrière, Petro Porochenko est au coude-à-coude avec une autre vétéran de la politique ukrainienne, l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko.

Nombre record de candidats

Au total, 39 candidats sont en lice pour le vote organisé jusqu'à 17h00 GMT, un record en 28 ans d'indépendance de cette ex-république soviétique, ce qui requiert un bulletin long de 83 centimètres.

'J'ai essayé Zelensky, peut-être qu'il réussira', a déclaré à l'AFP Roman, 52 ans, un habitant de Lviv, un bastion nationaliste dans l'ouest. 'Les autres ont eu leur chance, mais n'ont rien fait'.

Irina, une fonctionnaire de 48 ans, a opté pour Petro Porochenko. 'Je connais bien ses défauts, mais Timochenko et Zelensky me plaisent encore moins', a-t-elle dit. 'J'ai voté pour que la guerre finisse enfin, je veux du pays et du calme pour l'Ukraine'.

A Marioupol, un port industriel situé à une vingtaine de kilomètres de la ligne de front, Serguiï, 22 ans, a voté dans une grande tente aménagée en bureau de vote pour militaires, espérant des progrès vers la paix.

'Le pays en est fatigué, les gens aussi', a déclaré à l'AFP ce soldat ukrainien, refusant de dévoiler le nom de son candidat.

La fulgurante ascension de M. Zelensky a été favorisée par le désamour des électeurs ukrainiens pour leurs élites éclaboussées par des scandales de corruption à répétition et par leur déception cinq ans après le soulèvement pro-occidental du Maïdan, qui a porté au pouvoir M. Porochenko.

'Zéro'

Les détracteurs de M. Zelensky s'interrogent sur sa capacité à gouverner le pays, allant parfois jusqu'à le surnommer 'Zéro', tandis que ses partisans voient en lui un nouveau visage.

Il est aussi accusé par certains d'être un pantin du sulfureux oligarque Igor Kolomoïski, un ennemi de M. Porochenko, ce qu'il dément.

'Oui, je n'ai pas d'expérience' mais 'j'ai suffisamment de force et d'énergie', avait déclaré M. Zelensky début mars dans un entretien avec l'AFP.

M. Porochenko, 53 ans, qui a entamé une série de réformes clé notamment dans l'armée et le secteur énergétique ainsi que dans la santé publique et l'éducation, est en revanche très critiqué pour des efforts insuffisants en matière de la lutte contre la corruption.

'Il faut encore un mandat présidentiel pour que les réformes deviennent irréversibles', a-t-il plaidé samedi.

Infatigable figure de la politique ukrainienne, Mme Timochenko, 58 ans, taxée de populisme, a quant à elle notamment promis de diviser par deux les prix du gaz pour la population, au risque de fâcher les bailleurs de fonds de l'Ukraine.

Les trois favoris sont partisans de la poursuite du rapprochement avec les Occidentaux.

Pas de vote en Russie

Pays de 45 millions d'habitants aux portes de l'Union européenne, l'Ukraine est aujourd'hui l'un des Etats les plus pauvres d'Europe. Si elle s'est brouillée avec la Russie et s'est résolument tournée vers l'Occident, elle traverse aujourd'hui la pire crise depuis son indépendance en 1991.

L'arrivée de pro-occidentaux au pouvoir en 2014 a été suivie par l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie et un conflit avec des séparatistes dans l'est, qui a fait plus de 13'000 morts.

Samedi, l'armée ukrainienne a fait état d'un soldat tué dans ces régions, le seizième mort depuis le début de l'année dans des affrontements largement vus en Ukraine comme une 'guerre pour l'indépendance' face à des rebelles prorusses soutenus militairement par la Russie, selon Kiev et les Occidentaux.

Plus de 2300 observateurs internationaux doivent surveiller le déroulement du vote.

Décision inédite, Kiev a interdit la présence d'observateurs russes à cette élection et a fermé ses bureaux de vote en Russie. Au moins 2,5 millions d'Ukrainiens résident en Russie mais très peu d'eux viennent voter.

/ATS
 

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