Affaire Babtchenko: critiquée, Kiev défend sa mise en scène

L'Ukraine, critiquée pour avoir mis en scène le faux assassinat d'Arkadi Babtchenko, prétendument ...
Affaire Babtchenko: critiquée, Kiev défend sa mise en scène

Affaire Babtchenko: critiquée, Kiev défend sa mise en scène

Photo: KEYSTONE/EPA REUTERS POOL/VALENTYN OGIRENKO / POOL

L'Ukraine, critiquée pour avoir mis en scène le faux assassinat d'Arkadi Babtchenko, prétendument abattu mardi à Kiev sur ordre des services secrets russes, a défendu jeudi cette machination. C'était le seul moyen selon elle de sauver le journaliste russe.

La Sécurité d'Etat ukrainienne (SBU) a révélé mercredi après-midi lors d'une conférence de presse avoir mis au point ce scénario et fait croire à la mort d'Arkadi Babtchenko pour protéger le journaliste et tenter de démasquer les agents qui cherchaient à le faire assassiner.

A la stupéfaction générale, le journaliste, violent critique du président Vladimir Poutine, est apparu bien vivant en pleine conférence de presse et a expliqué à ses confrères le subterfuge.

Sang de cochon

Il a livré le récit de son 'faux assassinat', révélant que du sang de cochon avait été utilisé pour la photographie de son prétendu cadavre qui a été distribuée à la presse.

Il a raconté qu'une ambulance l'avait ensuite conduit à l'hôpital puis à la morgue, où il a changé de vêtements et a regardé les nouvelles à la télévision. 'J'ai pu voir à quel point j'étais un type bien', a-t-il plaisanté à propos des nombreux hommages qui lui étaient rendus.

Ne pas subir le sort de Sripal

Arkadi Babtchenko a dit avoir accepté de jouer le jeu pour ne pas subir le sort de Sergueï Skripal, l'ancien agent double russe empoisonné avec un produit innervant début mars en Angleterre.

'A ceux qui disent que tout cela remet en question la crédibilité des journalistes, je réponds: 'qu'auriez-vous fait à ma place, si on vous avait dit qu'il y avait un contrat pour vous liquider ?''

Le journaliste, opposant au président Vladimir Poutine, a indiqué avoir été informé en 2017 de possibles menaces pour sa vie, ajoutant qu'il avait d'abord eu du mal à y croire. 'J'ai ensuite voulu faire mes bagages et disparaître, aller au pôle Nord... Mais où se cacher? Skripal aussi avait essayé de se cacher', a-t-il dit.

Ukrainien arrêté

Un homme de nationalité ukrainienne a été arrêté dans le cadre de l'enquête. Selon Kiev, il aurait reçu 40'000 dollars des services secrets russes pour trouver un homme de main chargé d'abattre Babtchenko.

Pour de nombreux commentateurs, la manipulation mise en place est plus que douteuse et risque même de se retourner contre l'Ukraine, au profit de Moscou qui a pu dénoncer une 'hystérie' antirusse autour de ce faux assassinat.

Crédibilité minée

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a jugé intolérable et inadmissible le coup monté par les services secrets ukrainiens, estimant qu'il risquait de miner la crédibilité de toute la profession.

Michael Carpenter, ancien responsable du ministère américain de la Défense, a lui estimé que la Russie risquait d'exploiter à son avantage cette affaire 'dont le coût (pour Kiev) en terme de crédibilité est énorme'.

'Si cette opération a permis de mettre en lumière les activités des agents russes impliqués dans ce complot, alors cela en valait la peine', a-t-il cependant poursuivi sur Twitter.

'Pas d'autre moyen'

On ignore pour l'instant si le coup monté par les autorités ukrainiennes a permis d'obtenir des informations sur le réseau qui aurait cherché à abattre le journaliste russe. Le président ukrainien Petro Porochenko a reçu mercredi soir Babtchenko. 'Je suis absolument convaincu qu'il n'y avait pas d'autre moyen d'agir', a-t-il dit.

'Si nous avions pu faire autrement, nous l'aurions fait. Nous avons sauvé une vie, détruit un réseau potentiel (...), cela suffit pour nous satisfaire', a déclaré pour sa part le ministre ukrainien de l'Intérieur Arsen Avakov.

Selon Arkadi Babtchenko, les services russes étaient pressés de le faire abattre, mais les Ukrainiens ont réussi par divers subterfuges à faire repousser la conclusion fatale de ce 'contrat' après la finale de la Coupe de la Ligue de football disputée à Kiev le week-end dernier.

/ATS
 

Actualités suivantes