La Banque d'Angleterre (BoE) a relevé jeudi son taux directeur à 4%, sa première hausse depuis plus de trois ans. La mesure doit combattre une inflation qui pourrait dépasser 6% au Royaume-Uni en 2027, dans le pire des scénarios, et imposer de nouveaux tours de vis.
"Les pressions inflationnistes liées à la hausse des prix de l'énergie sont désormais suffisamment fortes pour justifier un relèvement du taux directeur", a déclaré le gouverneur de la BoE, Andrew Bailey, dans un commentaire écrit. "L'augmentation de taux d'aujourd'hui ne doit pas être vue comme la première d'une longue séquence de hausses. Mais à moins que le conflit au Moyen-Orient ne soit résolu, il est probable qu'elle ne soit pas non plus la dernière hausse", a mis en garde M. Bailey, donnant des indications inhabituellement explicites sur la trajectoire future des taux.
Le Comité de politique monétaire (MPC) de la banque centrale britannique a voté à une écrasante majorité pour une hausse d'un quart de point de pourcentage du taux directeur de l'institution, maintenu inchangé depuis décembre. Le seul membre dissident plaidait pour un relèvement plus important.
Prévision relevée
La BoE emboîte ici le pas à d'autres grandes banques centrales comme la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon (BoJ), qui ont déjà resserré leur politique monétaire depuis le début du conflit au Moyen-Orient fin février. Les analystes avaient anticipé cette première hausse du taux directeur de la BoE depuis août 2023.
L'envolée des cours des hydrocarbures provoquée par la guerre a alimenté l'inflation et fait grimper les taux d'emprunt à travers le monde. Au Royaume-Uni, l'inflation s'est accélérée en septembre pour atteindre 3,5 % sur un an. Dans son scénario le plus défavorable, qui suppose un baril de pétrole Brent à environ 133 dollars en moyenne sur un trimestre, la BoE envisage un renchérissement atteignant 6,2% au troisième trimestre de l'an prochain.
Dans son hypothèses centrale, la BoE relève également ses prévisions d'inflation, à 3,2% en 2026, contre 3% dans son rapport de juillet, et à 4,5% en 2027, contre 2,7% auparavant. Elle prévoit un pic à 4,9% au deuxième trimestre de 2027. Les pressions inflationnistes ne se sont pas encore pleinement répercutées sur les prix, notamment alimentaires, de nombreuses entreprises absorbant la hausse de leurs coûts en réduisant leurs marges, estime la BoE jeudi dans son rapport.
"Demande liée à l'IA"
Sur le front de l'activité, le produit intérieur brut (PIB) britannique a progressé de 0,1% en août, déjouant les prévisions. Le chômage, toujours élevé, a également enregistré un léger recul inattendu. La BoE a ainsi relevé ses prévisions de croissance économique à 1,6% cette année et à 1,3% l'an prochain dans son scénario central, contre 1,1% précédemment pour chacune des deux années.
La croissance s'est montrée "plus résiliente que prévu", portée notamment par la vigueur "des investissements et des services d'entreprise à entreprise reflétant en partie la force de la demande liée à l'intelligence artificielle" (IA), explique la BoE. Le relèvement du coût du crédit risque toutefois de freiner la croissance, avaient averti les analystes avant l'annonce de la décision de l'institution.
Le premier budget du gouvernement du Premier ministre Andy Burnham, présenté le 28 octobre, n'a apporté qu'un soutien limité aux ménages et aux entreprises. Ce budget devrait légèrement atténuer l'inflation et avoir "un petit impact sur l'activité", selon la BoE.
/ATS







