Le bruit affecte le développement tactile des prématurés

Le bruit peut affecter le développement tactile des bébés prématurés, selon une étude de chercheurs ...
Le bruit affecte le développement tactile des prématurés

Le bruit affecte le développement tactile des prématurés

Photo: Keystone

Le bruit peut affecter le développement tactile des bébés prématurés, selon une étude de chercheurs genevois et français publiée dans la revue Scientific reports. Ils recommandent de diminuer les niveaux sonores dans les unités de néonatologie.

Une naissance prématurée constitue un changement brutal d’environnement pour un bébé jusque-là confiné dans le ventre maternel, entouré de lumière tamisée et de bruits filtrés. Les chercheurs de l'Université de Genève (UNIGE), en collaboration avec des confrères du service de néonatologie CHU et du CNRS de Grenoble (F), ont examiné les conséquences du bruit sur les capacités sensorielles des prématurés.

La période néonatale est une période critique pour la genèse des circuits neuronaux. Les bébés nés entre 28 et 33 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire environ deux mois avant terme, risquent plus particulièrement de développer des difficultés ou des troubles neuro-développementaux dus à la prématurité en elle-même, mais aussi à un environnement post-natal défavorable.

'L’intégration multisensorielle est fondamentale pour tout individu, et celle d’un prématuré reste encore mal connue', note Edouard Gentaz, professeur de psychologie à l’UNIGE, cité mardi dans un communiqué de cette dernière.

Un bébé prématuré est constamment entouré de bruits, comme par exemple celui des alarmes des pompes d’alimentation qui résonne huit fois par jour. Il a déjà été démontré que ces sons perturbent le sommeil du nourrisson, ses constantes physiologiques et ses capacités d’autorégulation.

Effets du bruit quotidien

'Nous savions déjà qu’un nouveau-né prématuré est capable de mémoriser les formes de petits objets (prisme ou cylindre) et de les différencier dès 28 semaines. Dès lors, nous avons voulu évaluer l'effet d’un bruit quotidien sur les capacités tactiles précoces des nouveau-nés et nous avons constaté que cela avait un réel impact sur l’apprentissage sensoriel de l’enfant', explique Fleur Lejeune, première auteure de l’étude.

Pour ce faire, 63 bébés ont été répartis aléatoirement dans des conditions environnementales silencieuses et dans des conditions bruyantes. L’expérience a débuté par les nourrissons situés dans un milieu silencieux.

Lors de la première partie de l’expérience, dite phase d’habituation, les chercheurs ont placé dans les mains des bébés un prisme. Dès que le nourrisson lâchait l’objet, ils le lui remettaient en main. Au fur et à mesure, l’enfant lâchait toujours plus rapidement le prisme, signifiant de ce fait son désintérêt progressif pour un objet devenu familier.

Dans la seconde partie de l’étude, dite phase de test, un deuxième objet de forme cylindrique était présenté à une moitié seulement des bébés, l’autre moitié recevant à nouveau le prisme. Les chercheurs ont ainsi pu observer que le temps de tenue était plus élevé chez les bébés ayant reçu l'objet nouveau, par rapport à ceux qui tenaient le même objet. Le raccourcissement du temps de tenue n’était donc pas dû à la fatigue, mais au désintérêt d’un objet devenu connu.

Mémorisation plus difficile

En revanche, chez les nourrissons placés dans un milieu bruyant, les chercheurs ont constaté que les bébés réussissaient moins bien à se familiariser au prisme lors de la phase d’habituation. Le temps de tenue ne diminuait pas au fur et à mesure des essais, comme si le processus de mémorisation de l'objet se faisait plus difficilement en présence du bruit.

De plus, lors de la phase de test, les nouveau-nés augmentaient leur temps de tenue, tant avec le nouvel objet cylindrique, ce qui est habituel, qu’avec l’objet qui leur était déjà familier, montrant une absence de discrimination entre les deux formes. Le processus d’habituation ne semblait ainsi pas suffisamment efficace en présence du bruit.

'Notre étude montre qu’il existe une communication fonctionnelle précoce entre les modalités tactiles et auditives du prématuré', explique le Pr. Gentaz. Ces résultats soulignent l’importance de mettre en place des mesures pour diminuer les niveaux sonores dans les unités de néonatologie, que ce soit au niveau architectural ou dans le choix des équipements, selon les chercheurs.

'Si le bruit perturbe les capacités tactiles des prématurés, on peut se demander quel sera l’impact à long terme d’une telle stimulation auditive sur leur développement neurologique', conclut Fleur Lejeune.

/ATS


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