Des cours de tirs de combat au centre du procès

Le procès de cinq cadres de l'armée s'est ouvert lundi devant le Tribunal militaire 2 à Yverdon-les-Bains ...
Des cours de tirs de combat au centre du procès

Des cours de tirs de combat au centre du procès

Photo: Keystone

Le procès de cinq cadres de l'armée s'est ouvert lundi devant le Tribunal militaire 2 à Yverdon-les-Bains (VD). Deux officiers supérieurs et trois sous-officiers sont accusés d'avoir utilisé munitions et infrastructures de l'armée au profit d'une association privée.

Les auditions ont tout juste démarré et toute la semaine ne sera vraisemblablement pas de trop pour voir clair dans cette affaire. Les échanges ont porté sur une discrète association, qui promouvait de nouvelles techniques de tir de combat, au moyen de manuels et de cours sur le terrain. Ses activités auraient généré plus de 800'000 francs de recettes, selon l'acte d'accusation.

Le pape du tir

Le quintet est notamment renvoyé pour abus de confiance aggravé et abus et dilapidation du matériel militaire. Tout tourne autour du principal accusé, vice-président de l'association, qui est aussi accusé d'escroquerie par métier.

Cet homme de 53 ans est un spécialiste reconnu du tir de combat. Il fait autorité dans ce domaine auprès de l'armée suisse et aussi à l'étranger. 'Le pape du tir', comme l'a relevé le président du tribunal.

Droiture et engagement

L'homme est salué pour sa droiture, son engagement - il dit travailler 18 heures par jour - et ses idées innovantes, même si elles font parfois des jaloux au sein de l'armée. 'Je suis un créatif dans une boîte qui n'encourage pas la créativité, ce qui a conduit à des frictions parfois rugueuses avec des collègues', a-t-il déclaré à l'audience.

Le haut gradé, comme ses co-accusés, semble ne pas vraiment comprendre pourquoi il se retrouve sur le banc des accusés. Tout juste reconnaît-il que les tâches administratives, ce n'est pas son fort. Globalement, de l'avis de la défense, ce n'est pas parce qu'on ne fait pas tout juste que c'est forcément pénalement répréhensible.

Pas l'affaire du siècle

'Un juge d'instruction a cru que c'était l'affaire du siècle', a critiqué un des défenseurs, Me Robert Assaël. 'Il s'attaquait au gratin de l'armée. Il n'a instruit qu'à charge, voulant décrire une sorte d'armée parallèle, œuvrant à l'insu du haut de la hiérarchie. La réalité est tout autre', a ajouté l'avocat qui a demandé en vain un complément d'instruction et le report du procès.

L'acte d'accusation, succinct, reproche aux militaires d'avoir utilisé les places de tir de Lussy (FR) et de l'Hongrin (VD) ainsi que de la halle DCA de Payerne pour y dispenser des 'cours onéreux' au nom de ladite association, de manière systématique et régulière de janvier 2008 à octobre 2013. Et ceci sans payer les frais de location.

Confédération lésée

Cela aurait porté 'gravement préjudice' aux intérêts financiers de la Confédération'. Les officiers, dont trois sont des professionnels de l'armée, sont aussi accusés d'avoir prélevé de la munition militaire en grande quantité. Cet aspect de l'affaire n'a pas encore été abordé.

Pour l'essentiel, les débats de la première journée ont porté sur le fonctionnement de l'association et sur les cours qu'elle dispensait. Le principal accusé a créé cette petite structure en compagnie d'un Français adepte des mêmes techniques de tir de combat.

Président étonné

L'entité ne payait pas de TVA, n'était pas inscrite au registre du commerce et ne tenait pas de procès-verbaux de ses assemblées. Ses archives étaient détruites tous les deux ans 'pour ne pas tomber en de mauvaises mains', a-t-il expliqué à un président fort étonné.

Le procès se poursuit jusqu'à la fin de la semaine. Dès mardi après-midi, 23 témoins seront entendus. Le verdict est attendu vers la fin du mois de janvier ou le début de février 2017.

/ATS


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