Les truites neuchâteloises mordront-elles à l’hameçon cette année ?

Tous les pêcheurs seront au rendez-vous ce vendredi pour l’ouverture de la saison. RTN a accompagné ...
Les truites neuchâteloises mordront-elles à l’hameçon cette année ?

Tous les pêcheurs seront au rendez-vous ce vendredi pour l’ouverture de la saison. RTN a accompagné sur place le président de la Société des pêcheurs de Haute Areuse. Ces dernières années, les rivières neuchâteloises ont enregistré une baisse du nombre de truites capturées. Le Canton veut confirmer ces chiffres avec un nouveau recensement au courant de l’année

L'Areuse a été revitalisée en-dessous du pont qui relie Môtiers à Boveresse dans le Val-de-Travers. L'Areuse a été revitalisée en-dessous du pont qui relie Môtiers à Boveresse dans le Val-de-Travers.

« Vous voyez, avant, on voyait plein de poissons. Là, j’en vois pas un », raconte Toni Calame, le doigt pointé sur l’Areuse. Mardi matin, 27 février, sur le pont qui se trouve entre Boveresse et Môtiers dans le Val-de-Travers. Alors que la nouvelle saison ouvre ce vendredi, difficile de se réjouir pour le Valloniers, président de la Société des pêcheurs de Haute Areuse. Du haut de ses 37 ans, il a vu la rivière évoluer depuis son enfance, et avec ça la diminution du nombre de prises : avant, le pêcheur expérimenté obtenait en moyenne deux poissons en deux heures. Aujourd’hui, c’est tout juste s’il en attrape un dans le même laps de temps – et pour autant que la mesure soit suffisante pour le garder. Une diminution de la pêche en rivière que viennent confirmer les chiffres du canton de Neuchâtel : entre 2022 et 2023, le nombre de truites capturées a baissé d’environ 30%. 

La cause de cette diminution du nombre de prises pour Toni Calame ? Le réchauffement climatique, mais pas seulement. « Bien sûr que les sécheresses et l’eau qui se réchauffe ont mis à mal les poissons. Mais il y a aussi les interventions du Canton qui sont arrivées trop tard ». À cet endroit de l’Areuse, le cours d’eau a été « revitalisé », c’est-à-dire que des travaux ont été réalisés pour casser la linéarité de la rivière et lui rendre son côté naturel. Cela crée des zones de calme dans le courant et évite que le débit, trop fort, emporte la fraie des poissons. Toni Calame salue les travaux de revitalisation, mais il espère aussi que la stratégie de repeuplement du Canton sera revue à la hausse pour soutenir les populations de poissons.


Des chiffres à prendre avec des pincettes

« On peut voir une corrélation entre les statistiques de pêche et les populations de poissons, mais ces données ne sont pas assez précises pour juger si les populations sont saines », explique Robin Berger, chargé de la pêche au Service faune, forêt et nature du canton de Neuchâtel.

Robin Berger : « Les statistiques se basent sur les poissons qui ont pu être gardés. Elles ne comprennent pas les poissons relâchés » 

Le seul moyen d'en avoir le coeur net est de reprendre les recensements de poissons. Un but que vise le Canton cette année, le dernier ayant été réalisé entre 2017 et 2019 avec plusieurs stations dans le canton. « Cette campagne nous a permis d’établir une stratégie de repeuplement ciblée, là où les secteurs affichaient un manque de reproduction », explique Robin Berger. La plupart des secteurs n’ont pas ce problème et ont donc été laissés à une reproduction naturelle. « Une population saine est une population où on compte un nombre de juvéniles suffisant et une pente déclinante vers les individus plus vieux », détaille Robin Berger. S’il y a suffisamment de jeunes poissons, alors la population est « fonctionnelle » et elle peut se reproduire naturellement.

Robin Berger : « On ne peut pas mettre en lien la baisse des captures et la nécessité d'un repeuplement »

Robin Berger confirme néanmoins que les populations de poissons, même « fonctionnelles », sont moins grandes aujourd’hui : « Le climat était bien plus favorable avant. Il y avait moins de sécheresses et des températures plus fraîches ».

Avec ce nouveau recensement, le Canton souhaite aller au-delà des statistiques de pêche. « Le but est de voir, cinq ans après, comment se portent réellement les milieux pour adapter les mesures à venir. » Restera à déterminer quelles mesures, entre revitalisations, mesures d’assainissement ou ajustement du repeuplement, devront être adaptées. Cette année, un nouveau quota en vigueur vise déjà à alléger la pêche : maximum 4 poissons par jour et par pêcheur, au lieu de 6 avant cela, et 60 poissons à l’année au lieu de 100. /agy

Le reportage avec Toni Calame


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