Gestion calamiteuse à l’hôtel Beau-Rivage à Neuchâtel

Depuis que l’établissement cinq étoiles a été repris fin 2021 par une société singapourienne ...
Gestion calamiteuse à l’hôtel Beau-Rivage à Neuchâtel

Depuis que l’établissement cinq étoiles a été repris fin 2021 par une société singapourienne, une vingtaine de collaborateurs ont quitté leur poste, dont certains par licenciement, sur un effectif d’environ 80 personnes. L’attitude des nouveaux propriétaires est qualifiée d’inhumaine

D'anciens employés dénoncent la gestion de l'hôtel Beau-Rivage à Neuchâtel. D'anciens employés dénoncent la gestion de l'hôtel Beau-Rivage à Neuchâtel.

« Tout a été détruit en quelques mois ». Voilà la conclusion à laquelle arrivent certains anciens collaborateurs de l’hôtel Beau-Rivage à Neuchâtel. La gestion s’est dégradée depuis la reprise de cet emblématique établissement cinq étoiles par une société singapourienne en novembre 2021. Depuis ce changement, une vingtaine de collaborateurs sur un effectif avoisinant 80 employés ont quitté leur poste, soit de manière volontaire, soit en raison d’un licenciement, soit parce qu’ils se trouvent en congé maladie, pour épuisement moral pour quelques-uns d’entre eux. Certains licenciements ont été prononcés sans préavis, selon les témoignages que nous avons récoltés.


La direction se refuse à tout commentaire

Contactée par notre rédaction, la direction du Beau-Rivage a déclaré « ne pas vouloir commenter des informations qui concernent des collaborateurs encore sous contrat avec l’hôtel pour la plupart ou qui relèvent de l’ancienne direction ».  Pour l’actuel directeur, Delfim Santos, en poste depuis deux mois, « le Beau-Rivage se porte bien ». Il indique vouloir « tout faire pour que cela continue ainsi ».

Plusieurs témoignages récoltés par notre rédaction font toutefois état d’une gestion sans humanité, où l’humiliation en public, devant d’autres employés, est monnaie courante. « On se faisait engueuler devant tout le monde pour des erreurs mineures », témoigne une personne pour décrire l’ambiance de travail. Tout achat de nourriture, de boissons ou de fourniture devait par exemple être répertorié dans un fichier qui devait être validé par la direction. Si tel n’était pas le cas, l’employé se faisait remettre à l’ordre. Mais la direction n'était pas toujours disponible pour signer les documents nécessaires, selon des témoignages, et sans achats, la nourriture risquait de manquer pour le restaurant.


Soupçons d’irrégularités dans les cuisines

Certains anciens collaborateurs ont également fait état, dans leur témoignage, de camionnettes frigorifiques qui iraient acheter de la marchandise en France sans la déclarer. Selon eux, trois employés travailleraient au noir dans les cuisines. La direction est accusée de ne rien connaître au monde de l’hôtellerie et de manquer totalement de respect envers ses employés. Un ancien collaborateur parle « d’une pression malsaine » exercée par les dirigeants. Certains anciens employés sont actuellement en conflit avec la direction, par le biais de recours sur leur licenciement notamment.


Unia sollicité pour un licenciement collectif

D’autres ont poussé la porte des syndicats. C’est le cas des six employées de l’espace bien-être et Spa de l’hôtel Beau-Rivage qui ont été licenciées en mai et qui ont sollicité Unia. Pour la secrétaire syndicale Derya Dursun, qui travaille sur ce dossier, il s’agit d’un licenciement collectif. Pour répondre à ce critère, il faut que 10% d’un secteur ou d’un département soit remercié. « Dans ce cas, il s’agit de 100% de l’effectif », explique Derya Dursun. Le syndicat reproche à la direction de ne pas avoir consulté les employées avant de mettre en place un nouveau projet thérapeutique avec des masseuses en provenance d’Asie.

Dans un premier temps, la direction n’a pas non plus respecté le délai de congé des anciennes auxiliaires du Spa. Le syndicat a finalement obtenu le versement des salaires requis. Ces employées sont en effet couvertes par la CCNT, la Convention collective nationale de travail qui régit le domaine de l’hôtellerie-restauration.

Manque de consultation et irrégularités

Fonctionnement de l’hôtel mis à mal

Les départs ne sont pas anodins pour le bon fonctionnement de l’hôtel cinq étoiles. L’ancien directeur Marc Landert a été congédié fin mars, de même que son adjointe qui œuvrait au sein de l’établissement depuis une quinzaine d’années. La directrice nommée par les nouveaux propriétaires, Alice Yu, a elle-même quitté son poste en juin. Aujourd’hui, la direction est assurée par l’ancien responsable technique qui travaille au Beau-Rivage depuis 23 ans.


Des méthodes qui rendent « tout le monde malade »

Les effectifs de la réception ont aussi été mis à mal, avec trois personnes manquantes. La direction est accusée de ne pas avoir cherché de remplaçants, poussant certains employés d’autres secteurs, et même des stagiaires, à prendre le relais pendant plusieurs jours d’affilée. Un système qui « rend tout le monde malade », résume l’une des personnes qui a accepté de témoigner. La direction a aussi tenté de faire renoncer une employée à ses heures supplémentaires, qui équivalaient à plusieurs mois de salaire, sans succès. Durant quelques semaines, plus personne ne s’occupait des ressources humaines également.

Autant d’éléments qui ternissent le lustre de l’hôtel Beau-Rivage à Neuchâtel, qui est pourtant réputé loin à la ronde. C’est le seul établissement cinq étoiles, avec le Palafitte, dans le canton de Neuchâtel. Le Beau-Rivage fait notamment partie, dans la catégorie « hôtels », de Relais et Châteaux, une association qui répertorie plus de 580 hôtels et tables d’exception à travers le monde. /sbe


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