Rome se félicite du contrôle maritime de Tripoli

Le gouvernement italien s'est félicité dimanche de l'intensification par Tripoli du contrôle ...
Rome se félicite du contrôle maritime de Tripoli

Rome se félicite du contrôle maritime de Tripoli

Photo: Keystone

Le gouvernement italien s'est félicité dimanche de l'intensification par Tripoli du contrôle des eaux libyennes. Il évoquait 'un rééquilibrage en cours en Méditerranée' pour réduire les départs de migrants. Les ONG elles suspendent leurs activités.

'Le gouvernement libyen de Fayez al-Sarraj a demandé l'aide de l'Italie et il est prêt à mettre en place la zone Sar dans ses eaux, collaborer avec l'Europe et investir dans les garde-côtes: tout ceci est signe d'un rééquilibrage en cours en Méditerranée', a déclaré le ministre italien des Affaires étrangères Angelino Alfano, dans un entretien paru dimanche dans le quotidien La Stampa.

La marine libyenne a annoncé jeudi la création au large du territoire d'une zone de recherche et de sauvetage, qu'elle interdit sauf autorisation aux navires étrangers, en particulier aux ONG patrouillant pour secourir des migrants.

Parallèlement à la décision libyenne, l'Italie a instauré une 'code de bonne conduite' destiné aux ONG. Celui-ci introduit des règles précises pour continuer à participer à des opérations de secours au large de la Libye.

Activités suspendues

Médecins sans frontières (MSF) a indiqué samedi qu'elle suspendait temporairement les activités du 'Prudence', le plus gros des navires de secours aux migrants en Méditerranée, à la suite de l'interdiction de la Libye.

Samedi, seuls deux navires d'ONG, le 'Sea Eye' et 'SOS Méditerranée' étaient encore positionnés au large des côtes libyennes, tous les autres étant à quai essentiellement à Malte.

Mais dimanche, dans la foulée de MSF, les ONG britannique Save the Children et allemande Sea-Eye ont annoncé à leur tour une suspension de ses opérations en Méditerranée. 'Nous ne pouvons pas continuer notre travail, nous ne pouvons pas garantir la sécurité de nos équipages', a commenté sur Twitter le fondateur de Sea-Eye, Michael Buschheuer.

'Nous laissons un vide mortel en Méditerranée', a-t-il estimé, en soulignant que son organisation avait sauvé environ 12'000 personnes en Méditerranée depuis le début de sa présence en avril 2016 grâce à des centaines de volontaires.

Dans un communiqué, Sea Eye a dit avoir pris cette décision 'le coeur lourd', en raison d'une 'menace explicite (du gouvernement libyen) aux ONG privées'.

En revanche 'L'Aquarius', navire affrété par SOS Méditerranée et MSF, se trouvait encore dimanche tout près des côtes libyennes au large de Tripoli, dans la zone Sar. Le 'C-Star', bateau affrété par le groupe d'extrême droite français 'Génération identitaire', se trouvait non loin en milieu de journée.

Eviter les morts

Pour Angelino Alfano, 'la décision de MSF rentre aussi dans le cadre d'un réajustement des équilibres: ces eaux ne sont plus à personne, mais sont celles de la Libye'. 'Nous devons éviter les morts en mer en réduisant les départs et contribuer économiquement pour que les camps (de migrants) en Libye aient des normes adéquates', juge le ministre italien.

'Nous avons fait deux choix: celui de soustraire des gains criminels aux trafiquants -parce que moins il y a de personnes qui partent, moins cela rapporte aux trafiquants- et celui de financer les agences de l'Onu -l'UNHCR et l'OIM- pour assurer des normes respectueuses des droits humains dans les camps libyens', a insisté M. Alfano.

Enorme investissement

Le chef de la diplomatie italienne semble aussi donner raison à l'homme fort de l'Est libyen, Khalifa Haftar, qui a estimé à '20 milliards de dollars sur 20 ou 25 ans' l'effort européen nécessaire pour aider à bloquer les flux de migrants à la frontière sud du pays, dans un entretien paru samedi dans la presse italienne.

'On a besoin d'un énorme, je répète un énorme, investissement économique de l'Europe en Libye et en Afrique. L'Europe doit décider si le thème des migrations est une priorité absolue à l'instar de l'économie. Pour nous, ça l'est', a conclu M. Alfano.

Alors que l'Italie a vu débarquer plus de 600'000 migrants depuis 2014, essentiellement passés par la Libye, Rome tente de fermer la route, avec le soutien de ses partenaires européens et de l'ONU. L'Italie cherche également à limiter l'afflux de migrants en Libye même, grâce à un meilleur contrôle des frontières sud et à une coopération avec des pays de transit comme le Niger, le Tchad et le Mali.

/ATS
 

Actualités suivantes

Articles les plus lus