Irak: des milliers d'étudiants défient le pouvoir, plusieurs morts

Des milliers d'étudiants irakiens ont afflué dimanche vers les sites névralgiques de la contestation ...
Irak: des milliers d'étudiants défient le pouvoir, plusieurs morts

Irak: des milliers d'étudiants défient le pouvoir, plusieurs morts

Photo: KEYSTONE/EPA/AJ moa

Des milliers d'étudiants irakiens ont afflué dimanche vers les sites névralgiques de la contestation, faisant le V de la victoire et défiant les forces de sécurité. Celles-ci ont ouvert le feu à balles réelles, tuant un manifestant. Samedi, quatre ont été tués.

Déterminés, agitant le drapeau irakien, les manifestants qui réclament depuis le 1er octobre des réformes politiques profondes ont à nouveau envahi des rues et des places de Bagdad et de plusieurs villes du sud du pays, d'où ils avaient été délogés la veille.

Dimanche, cinq roquettes se sont abattues à Bagdad dans la Zone verte ultrasécurisée, ont annoncé les forces de sécurité irakiennes. Deux sources au sein des services de sécurité ont précisé que ces roquettes étaient tombées près de l'ambassade des Etats-Unis.

Dizaines de blessés

A Nassiriya, une autre ville du sud, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles pour disperser les manifestants, en grand nombre. L'un d'eux est mort après avoir été blessé par balles. Des dizaines d'autres ont été blessés, selon une source médicale.

Redoutant que leur mouvement soit écrasé après le retrait vendredi du soutien du dirigeant chiite Moqtada Sadr, suivi d'une intervention des forces de sécurité pour les déloger, les manifestants ont réinvesti depuis samedi soir les principales places de la contestation.

Samedi, quatre manifestants ont été tués à Bagdad et dans le sud, selon un bilan actualisé.

A Bagdad, les forces de sécurité ont également tiré dimanche à balles réelles pour disperser de petits rassemblements à proximité de la place Tahrir, épicentre de la contestation, selon une source policière. Au moins 17 manifestants ont été blessés, dont six par balles, selon cette même source.

Ailleurs aussi

A Bassora, à l'extrême sud du pays, des centaines d'étudiants ont protesté contre le démantèlement de leur campement par les forces anti-émeutes la veille, selon un correspondant de l'AFP.

A Kout, des étudiants ont monté de nouvelles tentes pour remplacer celles démantelées la veille. Dans la ville sainte de Najaf, des étudiants ont bloqué plusieurs routes.

Depuis le 1er octobre, ce mouvement inédit a été émaillé de violences qui ont fait au moins 470 morts, en grande majorité des manifestants, selon des sources médicales et policières.

Elections anticipées exigées

Après avoir dénoncé dans un premier temps le manque d'emplois et de services et la corruption endémique, la contestation réclame désormais des élections anticipées et un Premier ministre indépendant.

En décembre, le Parlement a approuvé une nouvelle loi électorale et, sous la pression de la rue, le Premier ministre Adel Abdel Mahdi a démissionné. Mais il continue de gérer les affaires courantes, les partis politiques ne parvenant pas à s'entendre sur un successeur.

Volte-face de Sadr

Depuis vendredi, les manifestants redoutent que le retrait par Moqtada Sadr de son soutien au mouvement laisse le champ libre au pouvoir pour le réprimer. L'influent dirigeant chiite s'est un temps posé en héraut de la contestation, qui avait noué une alliance avec le bras armé de son mouvement, les brigades de la Paix.

Mais dans une volte-face, Sadr a annoncé vendredi soir qu'il ne s'impliquerait plus dans le mouvement, après un rassemblement à Bagdad de milliers de ses partisans réclamant le départ des 5200 soldats américains stationnées en Irak.

Aussitôt, ses partisans, qui soutenaient jusqu'alors la contestation, ont démonté leurs tentes installées depuis octobre à Bagdad et dans le sud. Selon les analystes, Sadr cherche à maintenir sa crédibilité dans la rue, tout en s'attirant les faveurs du puissant voisin iranien, puissance agissante en Irak qui devrait jouer un rôle important dans le choix du successeur d'Abdel Mahdi.

Les négociations sont actuellement à l'arrêt, après la mort de deux acteurs clés, le général iranien Qassem Soleimani et son lieutenant irakien, Abou Mehdi al-Mouhandis, tués dans une frappe de drone américaine à Bagdad le 3 janvier.

/ATS
 

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