Il est peut-être trop tôt pour affirmer que le monde de la chasse se féminise dans le canton, mais il est certain qu’il se démocratise. La Fédération des chasseurs neuchâtelois constate chez les candidats des motivations de plus en plus tournées vers l'éthique.
Perpétuer une tradition familiale n’est plus l’argument numéro 1 pour se porter candidat au permis de chasse. La Fédération des chasseurs neuchâtelois (FCN) constate une évolution des motivations. « Depuis quelques années, la plupart des candidats chasseurs – âgés d’une trentaine d’années en moyenne – n’ont aucun lien avec ce domaine, ils viennent d’horizons différents, ce qui est une bonne chose : le monde de la chasse s’ouvre », se réjouit Alix Mercier. Responsable de la formation au sein de la FCN, il remarque deux profils d’intérêts parmi les candidats. « L’un des arguments qui ressort le plus est une volonté éthique de revenir aux sources, un retour au véritable, pour disposer d’un produit de consommation que l’on a soi-même traqué, chassé, et dont on connaît bien davantage qu’un produit acheté en grande surface, qui ne renseigne que sur sa provenance. » L’autre type de profil est celui de personnes qui « souhaitent approfondir leurs connaissances en matière d’écosystème de la faune sauvage. »
Alix Mercier : « Les candidats souhaitent savoir dans quelles conditions l’animal qu’ils vont manger a été tué. »
« Complexe et pluridisciplinaire », la formation dispensée par la FCN vise à positionner les chasseurs comme des « ambassadeurs de la nature, capables de connaître et de protéger leur environnement ». Pour pouvoir pister, traquer et tirer le gibier, les candidats doivent intégrer des connaissances sur les mammifères, les oiseaux, l’écologie forestière, la sylviculture et la gestion de la faune. « Même si peu d’oiseaux sont chassables dans notre canton, les candidats doivent par exemple en connaître une centaine pour réussir l’examen, au mois de juin », précise Alix Mercier. La chasse étant « extrêmement règlementée », la connaissance des lois qui la régissent est également au cœur de la formation. Au-delà des aspects théoriques, l’examen évalue aussi « la capacité des candidats à se comporter correctement dans la nature, à évoluer en forêt avec une arme, à apprécier et mesurer les distances. »
« La formation ne s’arrête pas à l’action de tirer. »
Trois futures chasseresses neuchâteloises
Fait « exceptionnel », trois femmes font partie de la volée 2026-2027 des candidats chasseurs. « Au cours des dix dernières années, la formation a toujours intéressé au moins une femme. Je ne m’avancerais pas à affirmer constater un intérêt féminin plus marqué. Il est trop tôt pour dire si une tendance se dessine », estime Alix Mercier.
Les confidences en forêt de Louise et Theresa sur leurs motivations :
Etudiante en économie appliquée, Louise Bitterli s’intéresse à un « aspect éthique » en particulier : la recherche du gibier blessé « pour abréger ses souffrances, d’abord ». A l’issue de sa propre formation de chasseresse, la jeune femme suivra avec Balrog, son rouge de Bavière actuellement âgé de cinq mois et demi, les cours nécessaires pour permettre à son compagnon à quatre pattes de se spécialiser dans la recherche au sang. « Je trouve passionnant ce travail en duo que j’ai découvert par le biais de reportages. »
Bénéficiant d’un laps de temps adéquat avant de commencer à travailler à l’issue de ses études de médecine, Theresa Marxer s’est, elle, lancée dans le monde de la chasse « pour approfondir [son] contact au réel : si on mange de la viande, on doit prendre conscience qu’un animal est mort pour nous le permettre. C’est important de se rendre compte que le prix à payer est une vie. Il y a un aspect émotionnel, une violence au fait-même de vivre. » /aes








