Trois médecins au tribunal, six ans après les agressions à la hache à Valangin

Trois praticiens du Centre neuchâtelois de psychiatrie ont-ils fait preuve de négligence en ...
Trois médecins au tribunal, six ans après les agressions à la hache à Valangin

Trois praticiens du Centre neuchâtelois de psychiatrie ont-ils fait preuve de négligence en laissant « sortir » un patient qui allait devenir agresseur ? Le Tribunal de police de Neuchâtel devra répondre à cette question.

Les plaidoiries auront lieu le 21 novembre. Les plaidoiries auront lieu le 21 novembre.

Il y a six ans, en avril 2018, un jeune trentenaire avait blessé quatre personnes, dont deux avec une hache à Valangin. L’agresseur s’était donné la mort en prison deux ans et demi plus tard. Son procès n’a donc jamais eu lieu. Ses victimes, elles, gardent de graves séquelles.

Trois prévenus comparaissaient ce jeudi devant le Tribunal de police de Neuchâtel. Ils travaillaient tous au Centre neuchâtelois de psychiatrie (CNP) à l’époque : un médecin-chef, un chef de clinique adjoint et un médecin assistant. La question est de savoir s’ils auraient dû laisser cet homme sans une étroite surveillance un jour après son admission au CNP.


Il profite de la visite de ses parents pour s'enfuir

Cet homme avait été admis à l’hôpital Pourtalès avec de graves troubles psychotiques et transféré le lendemain dans une unité fermée du CNP à Préfargier. Là, on lui a administré des médicaments et le lendemain matin, il s’est présenté calme devant le personnel médical, qui dans la journée a pris la décision de le laisser sortir de cette unité fermée pour recevoir la visite de ses parents à la cafétéria de l’établissement. Et le patient en a profité pour fuguer et commettre des agressions sur quatre personnes en deux jours, avant de se faire arrêter par la police grâce à l’intervention de l’une de ses victimes, qui avait réussi à neutraliser son agresseur.


« On a fait ce qu’il fallait »

Ce procès se concentre notamment sur les procédures décisionnelles du CNP. Les médecins avancent que l’homme n’avait aucun antécédent, ni psychiatrique, ni criminel, aucune addiction, que cet ingénieur et futur papa était donc considéré comme un patient ayant retrouvé son calme, capable d’autocritique : rien ne laissait prévoir qu’il s’en prendrait à d’autres personnes. « Je reste convaincu qu’on a fait ce qu’il fallait », a déclaré l’ancien chef de clinique adjoint devant le tribunal.


L'homme venait d'agresser son épouse

La partie plaignante, elle, n’en est pas si sûre… Elle pointe du doigt un rapport d’admission au Centre d’urgences psychiatriques (CUP) qui mentionne quelques épisodes alarmants. Notamment que l’homme venait d’agresser son épouse. Six ans après les faits, le chef de clinique adjoint dit n’être pas sûr d’avoir eu connaissance de cette information au moment d’autoriser la sortie de l’unité surveillée. Celui-ci a notamment expliqué que des systèmes informatiques différents existaient entre le CUP et Préfargier. On ne peut pas non plus exclure que l’information ne se soit pas noyée dans la masse de dossiers évoqués chaque matin dans les différents colloques du CNP…


Expertise contestée

Les plaignants s’appuient aussi sur un expert indépendant qui sera entendu le 21 novembre avant les plaidoiries. Ou pas. Car la défense conteste déjà la validité de ce témoignage.

Deux des trois prévenus risquent 45 jours-amende pour lésions corporelles par négligence, le médecin assistant, lui, 25 jours-amende. 

L'agresseur s'est donc suicidé en prison. Ses victimes, elles, restent avec leur douleur. « Je suis un homme détruit, psychiquement et physiquement », a déclaré entre deux crises de larmes celui qui, il y a six ans, avait maîtrisé l'assaillant à coups de self-défense. /vco 


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