Après 50 ans à soigner les livres, Charles Vauthier tourne la page

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Le repreneur de l'atelier, Olivier Molleyres, et le propriétaire et gérant des lieux Charles Vauthier. Le relieur prend sa retraite après cinquante ans passés dans l'atelier.

Le métier de relieur a toujours des adeptes, bien qu’ils soient peu nombreux. Après plus de cinquante ans passés à cajoler les livres, les façonner, les réparer, Charles Vauthier remet son atelier sis à Neuchâtel. Le commerce, plus que centenaire, reste en quelque sorte en mains familiales puisque c’est son ancien apprenti Olivier Molleyres qui reprend les lieux.

Charles Vauthier y a fait son apprentissage dans les années soixante, en mettant un pied dans le monde de la reliure par hasard. « A l’époque, on n’avait pas le temps de réfléchir au métier que l’on voulait. J’aurais souhaité être douanier, mais il fallait avoir une formation et avoir terminé l’armée. Mon père m’a trouvé cette place d’apprentissage. J’ai terminé l’école le samedi matin et le lundi j’étais ici avec ma chemise », raconte le désormais retraité.

Entre des presses, une (très) vieille machine à coudre et des raboteuses professionnelles, Charles Vauthier s’enthousiasme toujours pour le papier. « Regardez, on découpe, on plie, on colle. On travaille les peaux, les toiles. On utilise aussi des feuilles d’or pour des calligraphies, c'est magnifique!».


L'ombre des imprimeries

L’atelier sent bon la colle, on se sent bien dans se bazard poussiéreux. Entre deux passages de clients qui s’arrêtent comme s’ils venaient saluer un copain, Charles Vauthier reprend son récit.
Le métier de relieur n’a pas fondamentalement changé. Mais les imprimeries, en revanche, oui. Elles ne canibalisent pas sa profession, mais elles ont grignoté du terrain au fil des ans, réduisant le volume des relieurs.  « Quand j’ai commencé, nous étions entre cinq et sept. Au moment de remettre mon atelier, j’étais seul ».

L’évolution des technologies, les budgets qui tirent la langue et le prix des peaux qui est toujours plus élevé n’ont pas aidé les artisans. « Les registres des impôts, par exemple. Avant, ils se faisaient avec des livres brochés, écrits à la main.  Maintenant, c’est informatisé. Du jour au lendemain, mon carnet de commandes a fondu », explique Charles Vauthier.

Mais alors qui sont ses clients aujourd’hui ? Des bibliothèques, beaucoup. Qui donnent des livres à réparer, par exemple. « Nous posons des antivols dans les livres. Nous avons vu de tout, même des étudiants qui jetaient les bouquins par la fenêtre avant que des complices ne les récupèrent dehors ! L'Université a dû équiper certaines fenêtres d'antivols reliés aux livres à cause de cela ». 

Et puis il y a aussi des particuliers qui ne rechignent pas à mettre quelques centaines de francs pour faire relier un livre et l’habiller d’une belle couverture en peau.

 

Tant que le papier existera...

Quelques mètres plus loin, le nouveau colle un recueil de la Faculté de droit de Neuchâtel. Olivier Molleyres a roulé sa bosse avant de revenir au bercail. Il a racheté l’atelier de son apprentissage, mais pas seulement. « Pour survivre dans ce métier, j’ai été obligé d’acheter un autre atelier, que je posséderai officiellement en juillet. Il me fallait suffisamment de masse de travail ». Et son mentor de renchérir, le visage grave : « Relieur, ça ne nourrit plus une famille aujourd’hui ».

Qu’importe, le vieux transistor grésillant et les livres semblent être une compagnie suffisante pour celui qui a choisi de se mettre à son compte.  Du moins pour ces prochaines années. « Je n’exercerai pas ce métier toute ma vie. Mais ce métier perdurera encore longtemps, en tout cas tant que le papier existera », sourit Olivier Molleyres. /abo

 

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