Washington et La Havane rouvrent officiellement leurs ambassades

Washington et La Havane rouvrent officiellement leurs ambassades

Photo: Keystone

Un drapeau cubain flotte depuis lundi sur la nouvelle ambassade cubaine à Washington. Il marque le rétablissement des relations entre les deux pays après 54 ans de rupture. L'étendard américain à La Havane attendra, lui, la visite de John Kerry, le 14 août.

A 00h01 (06h01 en Suisse) les bâtiments qui abritent les sections d'intérêts dans chaque capitale ont retrouvé automatiquement leurs statuts d'ambassades. C'est la conséquence d'un accord annoncé le 30 juin et une nouvelle étape concrète du rapprochement engagé l'an dernier par Barack Obama et Raul Castro.

Première image du jour, le drapeau cubain a été placé dans l'imposant hall d'entrée du département d'Etat à Washington, parmi les étendards des pays ayant des relations diplomatiques avec les Etats-Unis. Installé par des employés aux premières heures de la matinée, il a été placé entre ceux de la Croatie et de Chypre.

Quelques heures plus tard, à 10h30 (16h30 heure suisse), le même drapeau tricolore a été hissé lors d'une cérémonie officielle sur la nouvelle ambassade cubaine à Washington, en présence du ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez. Il s'agit de la première visite dans le pays d'un chef de la diplomatie cubaine depuis 1959.

Kerry à Cuba le 14 août

Une importante délégation cubaine était présente parmi les 500 invités. On y apercevait notamment le chanteur emblématique du régime, Silvio Rodriguez, ainsi que la secrétaire d'Etat américaine adjointe chargée de l'Amérique latine, Roberta Jacobson, et le chef de la Section d'intérêts à La Havane, Jeffrey DeLaurentis. Mais aucune invitation n'avait été adressée aux élus du Congrès en pointe dans la lutte anti-castriste.

Bruno Rodriguez s'est ensuite rendu au département d'Etat pour rencontrer son homologue américain, John Kerry. '

Le secrétaire d'Etat américain se rendra à Cuba le 14 août, notamment pour y hisser le drapeau américain sur la nouvelle ambassade des Etats-Unis. John Kerry devient ainsi le plus haut responsable américain à visiter l'île communiste depuis la normalisation des relations.

Pas de cérémonie à La Havane

A La Havane, aucune cérémonie n'était prévue lundi. Mais le bloc de béton et de verre du boulevard de front de mer Malecon qui abrite déjà la section d'intérêts américaine ('Sina') sera transformé en ambassade américaine.

Tous les employés de la section d'intérêts seront réaccrédités comme employés de l'ambassade américaine, et le chef de mission comme chargé d'affaires. Cela signifie que le personnel sera incorporé dans le corps diplomatique de La Havane. La Sina emploie 360 personnes, en majorité cubaines.

Sujets de discorde

La normalisation entre les deux pays ne s'arrête pas là. Les sujets de discorde restent nombreux: la levée de l'embargo américain, la restitution de la base navale américaine de Guantanamo située à Cuba, les milliards de dollars d'indemnisation réclamés par les Américains expropriés par Cuba à la révolution, l'extradition des fugitifs réfugiés à Cuba et recherchés par la justice américaine...

M. Rodriguez a réitéré devant la presse les demandes de levée de l'embargo et de rétrocession de Guantanamo, qui font partie des 'points cruciaux pour avancer vers une normalisation'. Concernant Guantanamo, M. Kerry a maintenu que, 'pour le moment, il n'y a pas d'intention de notre part d'altérer le traité' signé en 1903 qui accorde à Washington un bail à perpétuité sur ce territoire de près de 120 km2, qui abrite notamment une prison militaire.

En revanche, il a affirmé que l'administration Obama souhaitait voir 'rapidement' la levée de l'embargo.

Le Congrès américain doit nécessairement voter pour lever cet embargo imposé par John F. Kennedy en 1962 et renforcé par la loi Helms-Burton de 1996. La majorité républicaine est très hostile et les candidats à la présidentielle sont vent debout contre un rapprochement qu'ils assimilent à une récompense pour les frères Castro.

S'il était élu en novembre 2016, le candidat Marco Rubio, sénateur républicain d'origine cubaine, mettrait 'fin aux relations diplomatiques avec la tyrannie communiste antiaméricaine jusqu'à une vraie ouverture démocratique à Cuba'.

Le Sénat devrait dans l'immédiat bloquer la nomination d'un ambassadeur américain à Cuba, toute désignation présidentielle devant être confirmée par les sénateurs.

/ATS
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