Violences ethniques et charniers présumés au Burundi alarment l'ONU

Violences ethniques et charniers présumés au Burundi alarment l'ONU

Photo: Keystone

Les violences sexuelles et l'augmentation des disparitions forcées et de la torture au Burundi alarment l'ONU. Le Haut Commissaire aux droits de l'homme appelle à une enquête sur des attaques à caractère ethnique et la présence possible d'au moins neuf charniers.

Ces violences des 11 et 12 décembre à Bujumbura 'semblent avoir déclenché des tendances nouvelles et profondément perturbantes de violations des droits de l’homme', a souligné vendredi à Genève Zeid Raad Al Hussein.

'Tous les signaux d’alarme, y compris celui d’une dimension de plus en plus ethnique de la crise, sont en train de virer au rouge ', selon le Haut Commissaire. La plupart des victimes seraient tutsies, selon des habitants. Et dans un quartier, la plupart des Hutus arrêtés ont été libérés.

Pour autant, une détérioration vers une guerre civile peut être stoppée, a estimé devant la presse le chef de la section pour la l'Afrique centrale et l'Afrique de l'Ouest du Haut Commissariat, Scott Campbell.

Trentaine de cas de torture récents

Treize cas de violences sexuelles contre des femmes ont été documentés. Les forces de sécurité seraient entrées dans des maisons, auraient séparé les femmes des autres membres de la famille et les auraient violées.

Elles leur ont fait subir 'dans certains cas des viols collectifs', a déclaré le Haut Commissaire. Et de nouveaux cas ont continué à être révélés depuis décembre, dont cinq lors d'une opération de recherche.

Outre ces violences sexuelles, de nombreux actes de torture contre de jeunes hommes auraient été perpétrés après leur arrestation des attaques de mi-décembre dans cinq quartiers. Quelque 3000 personnes avaient été interpellées.

Au total, 29 cas de torture et 42 de mauvais traitements ont été recensés en décembre. D'autres ont été tués ou sont portés disparus. 'Des membres de la milice Imbonerakure auraient aussi pris part à ces opérations', a affirmé M. Al Hussein.

Plus de 400 tués au total

'Le nombre croissant de disparitions forcées, conjugué aux allégations sur l'existence de lieux de détention secrets et de charniers, est extrêmement alarmant'. Au moins 100 corps étaient rassemblés dans au moins neuf charniers à Bujumbura et dans les environs, notamment dans un camp militaire, selon des témoins. Les milices auraient forcé des personnes à creuser les fosses, avant d'en abattre certaines.

'Une enquête indépendante, approfondie, crédible et impartiale est nécessaire sans délai', selon le Haut Commissaire. Les sites des fosses communes présumées doivent être protégés et les familles de personnes arrêtées et disparues doivent être informées du sort de leurs proches.

'Tout ceci aboutira inévitablement à un désastre, à moins que la trajectoire actuelle de dégradation rapide de la situation ne cesse', a dit M. Al Hussein, qui dénonce une 'impunité'. Au moins 130 personnes ont été tuées en décembre, le double du mois précédent. Les violences des derniers mois ont fait au total 439 tués.

Des étapes concrètes doivent être prises pour un dialogue, notamment assurer le travail des médias indépendants et débloquer les comptes qui ont été gelés. 'Une pression politique et économique énorme a été mise sur le gouvernement', a dit M. Campbell. Le Haut Commissariat discute aussi avec le conseiller spécial du secrétaire général de l'ONU pour la prévention du génocide, Adama Dieng.

Le Conseil de sécurité se rendra sur place jeudi et vendredi prochains. Il va appeler 'au dialogue et à la lutte contre l'impunité', affirme aussi M. Campbell. Trois experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l'homme doivent également gagner le Burundi le 25 janvier pour enquêter sur les exactions. Mais ils attendent encore l'autorisation du gouvernement.

/ATS
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