MSF demande une enquête indépendante après les frappes en Syrie

MSF demande une enquête indépendante après les frappes en Syrie

Photo: Keystone

Médecins Sans Frontières (MSF) veut une enquête indépendante après les bombardements lundi contre deux hôpitaux qu'elle soutient en Syrie. Sa présidente a évoqué jeudi à Genève la 'probabilité mais pas la certitude' que la coalition du régime soit responsable.

'L'anormal est désormais normal. L'inacceptable est acceptable', a estimé devant la presse Joanne Liu, en référence aux attaques sur les hôpitaux et les cibles civiles. 'Le docteur de votre ennemi n'est pas votre ennemi'.

L'ONG dénonce notamment une triple frappe dans l'intervalle d'une heure sur deux hôpitaux de la région de Maaret al-Noomane. Un mode opératoire significatif d'une 'attaque délibérée', selon elle. Ces bombardements secondaires ciblent notamment les secours qui viennent en aide aux victimes de la première vague.

Au total, ces raids près de Maaret al-Noomane ont fait 25 victimes, dont neuf membres du personnel de santé. MSF estime 'probable' que la coalition entre le régime et la Russie est responsable de ces violences, étant donné le contexte et la région des frappes. Mais elle ne peut évaluer la situation que sur les indications de ses équipes sur le terrain.

Discussion liée aux coordonnées GPS

MSF souhaite une enquête indépendante, comme elle le réclamait déjà après une attaque américaine en octobre dernier sur un hôpital à Kunduz, en Afghanistan, qui avait fait 30 tués. La Commission internationale humanitaire d'établissement des faits (CIHEF), établie à Berne, doit toutefois être activée avec le consentement des parties impliquées.

Cet accord n'a pas été obtenu dans le cas de Kunduz. MSF cherche d'autres moyens qui pourraient faciliter une procédure en Syrie. A plus long terme aussi, Mme Liu a déjà évoqué avec le secrétaire général de l'ONU le besoin de renforcer la protection du personnel de santé, avec des mécanismes de suivi.

Mais elle reconnaît un sentiment 'd'impuissance' face aux attaques répétées contre les hôpitaux. Au centre des questions que doit se poser l'ONG, la mise à disposition des parties au conflit des coordonnées GPS de ces centres de santé.

Seules celles de trois sites de la région ont été données aux ambassadeurs russes à Paris et à Genève, a expliqué une directrice des opérations, Isabelle Defourny.

70 hôpitaux et centres de santé soutenus

Kunduz a montré que 'donner les coordonnées ne garantit pas d'être protégé' des frappes. Mais la responsabilité d'éviter les cibles civiles est du ressort des parties, insiste Mme Defourny. 'Tout le monde sait' où se trouvent les centres de santé visés dans le nord de la Syrie. 'Ce ne sont pas des hôpitaux clandestins'.

Une situation qui empêche de nombreuses personnes d'accéder aux traitements dont elles ont besoin. 'Les patients ont trop peur pour aller à l'hôpital', souligne Mme Liu. Alors que le nombre de blessés de guerre est 'sans précédent' en plus de 40 ans d'activités de l'ONG.

MSF n'a par ailleurs aucune visibilité sur certaines régions, notamment celles contrôlées par l'Etat islamique (EI), affirme de son côté une autre directrice des opérations, Raquel Ayora.

Pour autant, l'organisation ne prévoit pas de se retirer de Syrie. En 2015, MSF a enregistré 7009 décès et plus de 154'000 blessés dans quelque 70 hôpitaux et centre de santé qu'elle soutient en Syrie, cibles de plus de 80 attaques, selon un rapport publié jeudi.

/ATS
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