Les députés ukrainiens approuvent un projet controversé de réforme

Les députés ukrainiens approuvent un projet controversé de réforme

Photo: Keystone

Les députés ukrainiens ont fait le premier pas vers une réforme constitutionnelle prévoyant davantage d'autonomie pour les régions séparatistes prorusses de l'Est. Ce projet critiqué en Ukraine est promu par les Occidentaux qui y voient un moyen d'apaiser le conflit.

Le projet de réforme octroie plus de pouvoirs aux conseils des élus régionaux et locaux. Contrairement aux attentes des rebelles, il ne confirme pas définitivement le statut semi-autonome des territoires sous leur contrôle, lequel devrait être déterminé par une loi séparée et pour seulement trois ans.

'Nous parlons de ces réformes depuis plus d'un an. Il est temps d'arrêter d'en parler et de s'y mettre', a déclaré jeudi le président ukrainien Petro Porochenko au Parlement avant le vote. Les opposants à ce texte jugent qu'il affaiblit l'Ukraine dans sa lutte contre les séparatistes prorusses.

En présentant le projet dans l'hémicycle, Petro Porochenko a reconnu qu'il s'agit d'une décision difficile. Il a ajouté que 'l'agression ne s'arrêtera ni dans un mois, ni dans un an. Nous devons apprendre à vivre dans ces conditions'.

Session d'automne

En première lecture, les députés ukrainiens ont approuvé l'envoi à la Cour constitutionnelle du projet présidentiel d'amendements. Cette procédure est nécessaire avant le vote sur le texte, en deux lectures.

Si le projet n'est pas jugé contraire à la Constitution, il devra recueillir les voix d'au moins 300 des 450 députés de la Rada pour être adopté lors de son examen final. Il faudra pour cela attendre la session d'automne, après les vacances parlementaires.

Journée 'historique'

En visite à Kiev, la secrétaire d'Etat américaine adjointe Victoria Nuland était présente jeudi à la Rada (Parlement ukrainien) pour ce qu'elle a qualifié de journée 'historique'.

Elle avait rappelé la veille, devant la presse, que la 'décentralisation' et 'le statut spécial' des régions rebelles de Donetsk et Lougansk étaient prévus par les accords de paix. Ceux-ci ont été signés à Minsk en février grâce à la médiation de la chancelière allemande Angela Merkel et du président français François Hollande en présence du président Vladimir Poutine.

Violences meurtrières

Les Occidentaux considèrent cette réforme comme un pas majeur vers le règlement politique du conflit qui a fait plus de 6500 morts en quinze mois. Elles incitent les autorités pro-occidentales de Kiev à trouver un accord avec les rebelles.

Kiev et les Occidentaux accusent la Russie d'armer les rebelles de l'Est et d'y avoir déployé des troupes régulières. Ce que Moscou ne cesse de démentir.

En dépit de la trêve instaurée en février, les violences perdurent et la situation sur le terrain s'est détériorée ces derniers jours dans l'Est. Onze personnes y ont été tuées en 24 heures, selon un bilan annoncé mercredi.

Menaces russes

'Dans les conditions actuelles, la décentralisation va affaiblir le gouvernement. Elle va rendre l'Ukraine plus vulnérable aux menaces russes sans qu'il y ait une désescalade du conflit', a souligné un chercheur de l'Université nationale ukrainienne Chevtchenko, Maksim Khylko, dans une tribune publiée récemment par Atlantic Council.

Selon la vice-présidente du Parlement Oksana Syroïd, les députés subissent 'une folle pression (...) de la part de la communauté internationale (...) Le monde (...) est fatigué et veut se débarrasser de ce sujet', a poursuivi la députée.

'Légitimer' les rebelles

Comme plusieurs autres figures publiques en Ukraine, Mme Syroïd a estimé que cette initiative pourrait finir par 'légitimer' les rebelles. Elle pourrait aussi, selon elle, 'sonner le glas des perspectives européennes de l'Ukraine', voire de 'l'Etat ukrainien'.

Deux hauts responsables de l'exécutif ukrainien ont pour leur part déclaré que Kiev, sous perfusion financière de l'Occident, ne peut pas se permettre d'ignorer les demandes de ses partenaires occidentaux.

/ATS
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