Le Parlement espagnol refuse sa confiance à Mariano Rajoy

Le Parlement espagnol refuse sa confiance à Mariano Rajoy

Photo: Keystone

Les députés espagnols ont refusé mercredi de reconduire le conservateur Mariano Rajoy au pouvoir. Attendu, le résultat de ce vote prolonge une crise politique de huit mois et déclenche un compte à rebours avant la convocation des troisièmes élections en un an.

Le chef du gouvernement sortant avait besoin de la majorité absolue de 176 voix sur 350 pour être investi, comme il le demande, à la tête d'un cabinet minoritaire. Mais il n'a obtenu que 170 votes, les 137 de son Parti Populaire (PP), 32 du petit parti libéral Ciudadanos, un d'une députée de l'archipel des Canaries.

Lors d'un second vote vendredi, il lui suffirait de recueillir plus de oui que de non pour obtenir la confiance de la chambre. Mais aucun des autres partis n'est prêt à s'abstenir pour lui laisser la voie libre.

'Le groupe socialiste votera contre vous', avait averti Pedro Sanchez, le secrétaire général du Parti socialiste (PSOE), première force d'opposition, à l'ouverture d'un débat virulent au cours duquel M. Rajoy a été traité de menteur qui ferme les yeux sur la corruption de son parti.

'Chantage en bonne et due forme'

M. Sanchez a reproché au dirigeant conservateur de n'avoir fait aucun effort pour élargir sa majorité et d'avoir simplement exigé l'abstention de ses adversaires sur le mode 'c'est moi ou le chaos'. 'C'est un chantage en bonne et due forme', a-t-il lancé.

M. Rajoy, en réponse, l'a accusé de bloquer la formation du seul gouvernement possible et de 'vouloir obstinément de nouvelles élections'. Selon la Constitution, le vote de mercredi ouvre un délai de deux mois pour trouver une formule de gouvernement. Sans quoi le parlement sera dissous automatiquement au 31 octobre et de nouvelles élections devront être convoquées.

Une répétition du scénario qui avait suivi les élections du 20 décembre. Faute d'accord entre les quatre grands partis - le PP, le PSOE, et les deux nouveaux, Podemos de gauche radicale et Ciudadanos - pour former un gouvernement, il avait fallu organiser de nouvelles législatives en juin.

Huit mois sans gouvernement

L'Espagne est sans gouvernement depuis plus de huit mois. M. Rajoy assure l'interim avec des pouvoirs limités, sans pouvoir préparer le budget 2017 qu'il devrait présenter à la mi-octobre à la commission européenne.

Aucune solution n'était en vue mercredi. Le PSOE n'envisage pas de s'abstenir en faveur du chef impopulaire d'un parti éclaboussé par une succession de scandales de corruption. 'Ce serait, explique un conseiller de Pedro Sanchez, abandonner le champ à Podemos', alors même que ce parti qui cherche à supplanter les socialistes est en perte de vitesse.

Et le PSOE n'est pas en mesure de réunir une majorité de gauche. 'Impossible, tranche le même conseiller. On ne va même pas essayer! La méfiance envers Podemos est totale'.

Soutien basque compromis

A droite, M. Rajoy pourrait en théorie espérer élargir sa majorité après les élections régionales du 25 septembre au Pays basque. Si le Parti nationaliste basque (PNV) perdait la majorité absolue, il pourrait avoir besoin de l'appui du PP pour rester au pouvoir. M. Rajoy pourrait alors demander en échange l'appui des cinq députés du PNV à la chambre.

Mais leurs relations se sont encore dégradées mercredi. 'Vous n'avez pas fait le moindre effort pour obtenir notre vote (...) Nous ne voulons pas non plus voter pour vous', lui a lancé le chef du groupe parlementaire du PNV, Aitor Esteban.

/ATS
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