La torture en Ukraine est une pratique courante, selon Amnesty

La torture en Ukraine est une pratique courante, selon Amnesty

Photo: Keystone

Passages à tabac, décharges électriques, simulacres d'exécution: les militaires ukrainiens et les rebelles séparatistes prorusses pratiquent régulièrement la torture. Prisonniers et civils y sont soumis, déplore un rapport d'Amnesty International publié vendredi.

L'ONG de défense des droits de l'homme fait état d'au moins huit cas d''exécutions sommaires' de prisonniers ukrainiens capturés par des rebelles. Et le rapport dénonce les exactions du groupe ultranationaliste Pravy Sektor, dont les militants combattent aux côtés de l'armée ukrainienne dans l'est du pays. Ce groupe est accusé de torturer des civils et de leur extorquer d'importantes sommes d'argent.

Plus généralement, d'anciens prisonniers, aux mains de l'armée comme de la rébellion, affirment avoir 'été battus jusqu'à ce que leurs os se brisent, avoir été torturés à l'électricité, frappés, poignardés, pendus au plafond ou privés de sommeil pendant des jours'. Le rapport évoque aussi des 'simulacres d'exécution'.

Preuves additionnelles

Pour son enquête, Amnesty a interrogé 33 anciens prisonniers, tous détenus entre juillet 2014 et avril dernier: 17 étaient détenus par des séparatistes et 16 par des forces ukrainiennes, dont les services de sécurité (SBU). Au total, '32 ont décrit de sévères passages à tabac et d'autres abus graves'.

L'ONG a corroboré ces témoignages avec des preuves additionnelles, tels que 'des radios des os cassés, des dossiers médicaux, des photographies des coups et autres blessures, cicatrices et dents cassées'. Amnesty International s'appuie aussi sur 'des preuves publiées sur les réseaux sociaux et des articles dans les médias'.

Détention arbitraire

Selon l'ONG, ces pratiques 'choquantes' sont le fait des deux parties et visent aussi les civils. 'Amnesty a découvert que les deux parties détenaient de manière arbitraire des civils n'ayant commis aucun crime, mais qui sympathisaient avec l'autre camp'.

Selon John Dalhuisen, responsable d'Amnesty pour l'Europe et l'Asie centrale, si les civils sont parfois détenus pour être ensuite utilisés comme 'monnaie d'échange' contre d'autres prisonniers, ils peuvent aussi l'être simplement en raison de leurs opinions.

Des meurtres

Réagissant à ce rapport, les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont dit être prêts à rencontrer les représentants d'Amnesty pour 'enquêter sur chaque cas mentionné' par l'ONG. Du côté séparatiste, Amnesty fait état d'au moins huit exécutions sommaires de combattants ukrainiens capturés par des séparatistes.

En avril, l'ONG avait déjà dénoncé les meurtres de quatre soldats ukrainiens en captivité. Quatre nouveaux meurtres ont ainsi depuis été découverts, a précisé un chercheur d'Amnesty à Kiev, Krassimir Yankov.

'Preuves accablantes'

'Les preuves accablantes de crimes de guerre, dont le recours à la torture et à des exécutions sommaires de prisonniers, sont un rappel poignant des pratiques brutales commises quasi quotidiennement dans le cadre du conflit dans l'est de l'Ukraine', résume Amnesty. L'ONG appelle dès lors à mener des enquêtes et à traduire en justice les responsables.

Les forces ukrainiennes combattent une rébellion séparatiste prorusse dans l'Est, armée et soutenue par la Russie, selon Kiev et les Occidentaux. Moscou dément toute implication militaire dans ce conflit qui a fait plus de 6200 morts depuis avril 2014. Malgré l'entrée en vigueur le 15 février d'une nouvelle trêve, des incidents meurtriers ont encore lieu quasi chaque jour.

/ATS
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