L'EI accusé de génocide anti-Yézidis par des enquêteurs de l'ONU

L'EI accusé de génocide anti-Yézidis par des enquêteurs de l'ONU

Photo: Keystone

L'Etat islamique (EI) a perpétré un génocide et de nombreux crimes de guerre et contre l'humanité contre les Yézidis en Irak mais aussi en Syrie. La Commission d'enquête de l'ONU demande de saisir la CPI et exige des mesures.

Dans un rapport publié jeudi à Genève, elle évoque 'des horreurs presque inimaginables' contre la minorité religieuse. 'L'EI a cherché à détruire les Yézidis par des meurtres, de l'esclavage sexuel, une réduction en esclavage, de la torture et un traitement inhumain et dégradant', affirme le document.

Le génocide 'se poursuit', a dit devant la presse son président Paulo Sergio Pinheiro. Notamment les exécutions d'enfants dans les sites de détention en Syrie mais aussi d'autres crimes considérés comme des actes de génocide. L'EI n'a fait 'aucun secret' de son intention de détruire les Yézidis début 2014 dans la province de Sinjar, en Irak, a ajouté la Tessinoise Carla del Ponte, membre de la Commission.

Le Conseil de sécurité doit saisir la Cour pénale internationale (CPI) ou un tribunal spécial et activer le Chapitre VII de la Charte de l'ONU qui permet des sanctions ou le recours à la force. La communauté internationale doit reconnaître ce génocide, estime la Commission.

Mme del Ponte a indiqué qu'elle serait 'ravie de pouvoir préparer un acte d'accusation'. Suffisamment de preuves ont été rassemblées pour porter la situation devant un tribunal.

Fille achetée aux enchères

Le Parlement européen avait déjà évoqué début février un tel génocide en Irak et en Syrie. En mars 2015, un autre rapport de l'ONU avait souligné que les attaques des djihadistes de l'EI contre la minorité yézidie 'pourraient constituer un génocide'.

Parmi les violences relevées dans le rapport publié jeudi, une fille de 9 ans a été vendue aux enchères. Une femme et son enfant ont été battus puis affamés dans une salle fermée. Les djihadistes ont pris des mesures pour éviter des bébés yézidis. Comme la conversion forcée des adultes ou la séparation des hommes et des femmes, précise la Commission.

Des enfants ont aussi été coupés de leurs pratiques religieuses et de leur identité en étant associés de force aux combattants de l'EI. Les déclarations et l'attitude des djihadistes dans la province du Sinjar, dans le nord de l'Irak, ont montré leur intention de détruire entièrement ou en partie la communauté. Dans cette région où la majorité de ses membres vivent, elle a été intégralement déplacée, arrêtée ou déplacée.

Plus de 3200 femmes et enfants yézidis sont toujours détenus par l'EI, la plupart en Syrie. Des milliers d'hommes et d'adolescents sont portés disparus.

Prévention dans les camps

Parmi les autres recommandations, la Commission de quatre membres demande au gouvernement syrien de protéger les Yézidis, de prévoir un traitement adapté et de poursuivre les responsables. Les autorités irakiennes et autonomes kurdes doivent préserver et documenter les sites de fosses communes.

Mais aussi lancer une enquête sur les violences lors du retrait des Peshmergas début août 2014 de Sinjar. Et établir un dialogue entre Yézidis, sunnites et kurdes. Les forces militaires qui luttent contre l'EI doivent libérer ceux qui sont détenus en Syrie.

Les organisations et les Etats qui prennent en charge les réfugiés doivent garantir un traitement adapté des Yézidis. Les gouvernements doivent prévenir toute discrimination dans les camps de réfugiés sur leur territoire.

Le rapport de la Commission a été établi sur la base de documents et de discussions avec 45 survivants, dirigeants religieux, trafiquants, activistes ou encore avocats.

/ATS
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