«La France est un cas majeur pour UBS», estime Bradley Birkenfeld

Photo: Keystone

Bradley Birkenfeld, l'ex-employé d'UBS qui avait dénoncé des milliers de fraudeurs aux Etats-Unis, estime que la justice française fait du meilleur travail que son homologue américaine à l'encontre du numéro un bancaire suisse. 'La France est un cas majeur pour UBS', assure-t-il.

Tenu à se taire après son audition de vendredi à Paris en tant que témoin par les magistrats financiers français, Bradley Birkenfeld loue l'action de ces derniers dans une interview parue lundi dans 'Le Temps'. 'Je peux vous dire que le juge fait à 100% un meilleur travail que les autorités américaines.'

Bradley Birkenfeld dit avoir accepté de venir témoigner en France, parce que le pays 'est un cas majeur pour UBS, car c'est le pays le plus important, après les Etats-Unis, à enquêter sur les activités offshore de la banque'. L'ancien employé d'UBS à Genève relève par ailleurs qu'UBS n'a pas été suffisamment punie outre-Atlantique.

L'homme précise continuer 'de croire que le gouvernement américain a voulu protéger des clients politiquement puissants et ultra-riches'. Il déplore encore que le Département de la justice a refusé de l'appeler à témoigner dans le procès de Raoul Weil, l'ancien responsable de la gestion de fortune d'UBS acquitté en novembre en Floride.

'UBS ne sait pas ce que je sais'

Pour justifier sa connaissance du fonctionnement de l'incitation à la fraude à l'époque, Bradley Birkenfeld rappelle sa longue expérience dans le domaine bancaire (formations, voyages et événements divers). 'J'ai vécu en Suisse pendant quinze ans. A UBS, j'ai été en contact avec des collègues d'autres services.'

Bradley Birkenfeld lâche encore: 'Soyons clair: UBS ne sait pas ce que je sais sur elle'. Plus loin, l'Américain dit savoir qu'en Suisse les lanceurs d'alerte restent mal perçus. 'J'ai moi-même été une pièce du système, mais j'ai eu le courage de changer. Les mentalités aussi commencent à changer.'

'Les actionnaires d'UBS devraient aussi poser des questions, notamment au regard des montants versés aux avocats pour défendre la banque, des amendes payées et des provisions', relève encore Bradley Birkenfeld. Ce dernier répète enfin vouloir toujours venir s'installer en Europe à la fin de sa période de liberté surveillée aux Etats-Unis.

Jolie prime

Pour mémoire, les informations de Bradley Birkenfeld avaient conduit le numéro un bancaire suisse à payer 780 millions de dollars et à livrer au fisc américain les noms de nombreux fraudeurs, au terme d'un long bras de fer en 2009 sur le secret bancaire entre les autorités américaines et suisses.

En récompense de ces informations jugées par les services fiscaux américains 'exceptionnelles à la fois par leur ampleur et leur étendue', Bradley Birkenfeld avait reçu la somme record de 104 millions de dollars.

Le Centre national des informateurs (National Whistleblowers Center), une organisation américaine, avait estimé en septembre 2012 que grâce aux informations de Bradley Birkenfeld, le Trésor américain avait à cette date récupéré 5 milliards de dollars en retour sur impôts, amendes et pénalités.

Caution record

Bradley Birkenfeld avait toutefois été condamné en août 2009 à trois ans et quatre mois de prison après avoir plaidé coupable d'incitation à la fraude fiscale. Il avait reconnu avoir omis de dénoncer son plus gros client. Désormais, sous contrôle judiciaire dans ce dossier, il a dû obtenir le feu vert d'un tribunal américain pour venir témoigner en France.

En France, les juges enquêtant depuis près de trois ans sur UBS ont mis en examen la banque pour 'démarchage illicite' en juin 2013, puis pour 'blanchiment aggravé de fraude fiscale' en juillet 2014.

Le numéro un bancaire suisse s'est vu imposer une caution de 1,1 milliard d'euros, somme inédite et contestée en vain par UBS devant la cour d'appel de Paris puis la Cour de cassation.

Dans ce dossier, qui avait démarré grâce à des dénonciations d'anciens salariés, la banque est soupçonnée d'avoir participé à un système de démarchage illégal de riches clients français pour qu'ils ouvrent des comptes en Suisse, à l'insu du fisc. Les juges français sont saisis de faits allant de 2004 à 2012.

/ATS
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