Un fongicide de Bayer dans le collimateur des vignerons

Un fongicide de Bayer dans le collimateur des vignerons

Photo: Keystone

Le fongicide Moon Privilege produit par la société Bayer est dans le collimateur des vignerons. Il pourrait être responsable des dégâts constatés dans les vignobles suisses: les feuilles des plantes sont déformées et aucun fruit ne pousse.

Dans le canton de Vaud, des centaines d'hectares de vignes sont concernés, mais il est impossible d'avancer des chiffres précis. 'On n'en a aucune idée', dit à l'ats Olivier Viret, chargé de la protection des végétaux, grandes cultures et vigne à l'Agroscope de Changins (VD). Et malgré les soupçons qui pèsent sur le fongicide de Bayer, l'origine du problème n'a pas encore été déterminée.

'La nocivité de ce produit n'est qu'une hypothèse pour l'instant', souligne M. Viret. Celle-ci est relayée dans la presse suisse depuis dimanche. Du côté des viticulteurs cependant, le doute ne semble plus vraiment de mise. Ainsi François Montet, président de la Fédération vaudoise des vignerons, se dit 'quasiment sûr' que le fongicide en question pose problème.

Le produit incriminé est vendu sous les appellations Moon Privilege et Moon Experience. 'J'imagine qu'une étape de l'homologation a été mal négociée. Mais on ne sait pas, même Bayer ne sait pas', note M. Montet. Même son de cloche auprès du secrétaire de la fédération Philippe Herminjard, qui évoque une 'forte présomption de culpabilité'.

Questionnaire aux vignerons

A des degrés divers, toutes les régions de Suisse sont touchées. 'Je n'ai jamais vécu ça', assure François Montet. La fédération vaudoise et les autorités finissaient lundi de rédiger un questionnaire qui sera envoyé cette semaine à tous les viticulteurs. 'Il nous faut des réponses rapides', dit M. Montet. Il espère pouvoir mesurer l'étendue des dégâts d'ici à mi-août.

Selon Pierre-Antoine Héritier, président de la Fédération valaisanne des vignerons, 'ce n'est pas une catastrophe nationale pour l'instant'. Pour l'heure, le Valais semble moins touché que son voisin, mais ici aussi les chiffres font défaut et il faut recouper les informations au niveau cantonal. 'On n'est sûr de rien', explique-t-il.

Plutôt que le type de cépage, la quantité de produit ou la fréquence de son utilisation, Pierre-Antoine Héritier estime que c'est peut-être le moment de l'épandage - par rapport à la montée de sève - qui est en cause. Les vignes où la pulvérisation du fongicide a été réalisée avant août 2014 semblent moins concernées par le problème.

Indemnités en vue

Toutefois 'le mal est fait', admet Olivier Viret. Et l'ingénieur agronome à Changins de rappeler que les mêmes symptômes sont apparus dans le nord de l'Europe, notamment en Allemagne, en Autriche et dans le Tyrol du Sud. 'Cela prendra des mois pour mener une réelle expertise des dégâts'.

Pour évaluer les pertes, 'on peut imaginer avoir recours à une aide externe, comme les experts en assurance grêle', selon M. Viret. Il s'agira aussi de fixer les montants des dédommagements et d'établir les responsabilités. 'Sans indemnités, certaines entreprises ne tiendront pas', déclare François Montet. 'Nous allons tout faire pour que Bayer prenne ses responsabilités'.

Son homologue valaisan compte lui aussi faire toute la lumière sur les responsabilités de Bayer. 'Mais cela va être compliqué', prévient d'ores et déjà Pierre-Antoine Héritier.

De son côté, la société chimique et pharmaceutique tente d'en savoir plus. Vendredi, elle n'avait pas encore établi si son fongicide perturbe effectivement le développement des vignes. Les premiers échantillons analysés n'ont pas donné de résultats concrets. A titre préventif, Bayer conseille de ne plus utiliser le fongicide.

/ATS
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