Mondial 2022: l'exploitation des migrants se poursuit (Amnesty)

Mondial 2022: l'exploitation des migrants se poursuit (Amnesty)

Photo: Keystone

Amnesty International (AI) réitère ses critiques à propos de l'exploitation d'ouvriers migrants sur le chantier d'un des principaux stades du Mondial de football 2022 au Qatar. Les griefs sont nombreux: travail forcé, logements sordides ou tromperie sur les salaires.

Dans un nouveau rapport publié jeudi, AI fustige l'indifférence de la Fédération internationale de football (FIFA) 'face au traitement révoltant réservé aux travailleurs migrants'. Ce d'autant que le nombre de personnes qui oeuvrent sur les sites 'va presque être multiplié par dix' pour atteindre, selon son décompte, 'le chiffre de 36'000 environ au cours des deux prochaines années'.

D'après la secrétaire général d'AI, Salif Shetty, 'après avoir fait des promesses durant cinq ans, la FIFA a en grande partie manqué à son devoir d'empêcher que la Coupe du monde ne soit bâtie sur un socle d'atteintes aux droits humains.'

Plus de 230 entretiens

Entre février et mai 2015, AI a interrogé plus de 130 migrants des chantiers de rénovation du Khalifa International Stadium de Doha, qui doit accueillir l'une des deux demi-finales du Mondial 2022. Des entretiens ont aussi été réalisés auprès de 99 migrants travaillant sur l'aménagement des espaces verts entourant le complexe de l'Aspire Zone, où le Bayern Munich, Everton et le Paris Saint-Germain se sont entraînés cet hiver.

Ces entretiens concernent surtout des ouvriers du Bangladesh, d'Inde et du Népal, principaux pays fournisseurs de main-d'oeuvre.

Il en ressort qu'un certain nombre d'abus ont été observés: logements sordides et surpeuplés, tromperie sur les rémunérations ou sur le type de travail offert, absence de salaires durant plusieurs mois, permis de séjour non délivrés et non renouvelés, confiscation de passeport. De plus, des ouvriers ont indiqué avoir reçu des menaces 'parce qu'ils s'étaient plaints de leur situation'.

Travail forcé

L'ONG a rassemblé des éléments prouvant que des cadres d'une entreprise de fourniture de main-d'œuvre - qu'elle ne nomme pas - ont menacé des migrants de leur imposer des pénalités afin de les obliger à travailler. 'Ils ont notamment menacé de retenir leur salaire, de les livrer à la police ou de les empêcher de quitter le Qatar. De telles pratiques constituent une forme de travail forcé aux termes du droit international', juge Amnesty.

Afin d'assurer un suivi dans ce dossier, les enquêteurs d'AI sont retournés au Qatar en février dernier et ont constaté que certains ouvriers avaient été relogés dans de meilleures conditions. Des entreprises ont par ailleurs répondu aux injonctions d'AI en rendant leur passeport à plusieurs ouvriers.

Reste que tout n'a pas été réglé. Des travailleurs continuent de subir des menaces et de vivre dans un climat de peur, note le rapport. Ces menaces 'sont axées sur le système de parrainage appelé 'kafala' au Qatar', détaille AI.

En vertu de ce système, les migrants ne peuvent changer de travail ou de pays que si leur employeur (ou parrain) les y autorise. Une réforme de ce système de parrainage a cependant été annoncée à la fin de l'année dernière.

Pression des sponsors

AI demande instamment aux principaux sponsors de la Coupe du Monde (Adidas, Coca-Cola ou McDonald's) 'de faire pression sur la FIFA pour que les instances dirigeantes du football mondial ouvrent les yeux sur les abus commis sur le chantier du stade Khalifa.'

La FIFA devrait pousser le Qatar à rendre public un plan de réformes exhaustif avant que les travaux réalisés en vue du Mondial qatari n'atteignent leur point culminant d'ici une année environ. Il est notamment demandé des enquêtes sérieuses sur les conditions de travail des ouvriers et d'infliger des sanctions plus sévères aux entreprises qui commettent des abus.

Pour Amnesty, la FIFA devrait elle-même mener régulièrement et de manière indépendante ses propres inspections et rendre publics les résultats de ses enquêtes.

/ATS
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