Libération de deux journalistes turcs d'opposition

Libération de deux journalistes turcs d'opposition

Photo: Keystone

Deux journalistes du journal Cumhuriyet, principal quotidien de l'opposition en Turquie, ont été libérés vendredi matin. La Cour constitutionnelle du pays a estimé que leur détention constituait une violation de leurs droits. Ils avaient été arrêtés en novembre.

Can Dundar, rédacteur en chef du journal, et Erdem Gul, chef du bureau du journal à Ankara, étaient accusés de soutien à une organisation terroriste armée et de publication d'informations enfreignant la sécurité nationale. Les deux journalistes avaient publié en mai 2015 des photos, une vidéo et un article relatant la manière dont des agents des services de renseignements turcs avaient convoyé par camions des armes en Syrie en 2014.

Passibles de la peine capitale

'Nous pensons que l'arrêt de la Cour constitutionnelle est historique', a commenté Can Dundar à sa sortie de prison. 'Cette décision ouvre la voie non seulement pour nous, mais également pour tous nos collègues et pour la liberté de la presse et la liberté d'expression', a-t-il ajouté.

Les deux hommes ont été accueillis par leurs proches et leurs soutiens à la sortie du centre de détention de Silivri, à la périphérie d'Istanbul, devant les caméras de télévision. 'Enfin libres', jubilait vendredi le quotidien Cumhuriyet sur son site.

Relevant avec ironie que la date de leur libération, le 26 février, coïncidait avec le jour de la naissance du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui célèbre ses 62 ans, Can Dundar a déclaré: 'Nous sommes très heureux de fêter son anniversaire et notre libération'.

'Ce n'est pas un acquittement', a sobrement réagi le porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin. 'Nous allons suivre de près la procédure judiciaire à leur encontre'.

Malgré cette remise en liberté, les deux journalistes restent en effet sous le coup de poursuites judiciaires et devront comparaître devant la justice le 25 mars. Ils risquent la peine capitale et se sont vu interdire de quitter le territoire. Leur arrestation avait provoqué des condamnations internationales et ranimé les craintes sur le respect de la liberté de la presse.

Satisfaction pour RSF

Le chef de l'Etat turc, qui a personnellement porté plainte contre les deux journalistes, avait promis qu'ils allaient payer 'le prix fort'. Le gouvernement turc est régulièrement montré du doigt par les ONG de défense des droits de l'Homme et de la presse, qui lui reprochent ses pressions de plus en plus grandes sur les médias et l'accusent de vouloir museler la presse indépendante.

La Turquie pointe à la 149e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières. Sur son site Internet, RSF a déclaré vendredi éprouvé 'une immense joie' à l'annonce de la remise en liberté des deux journalistes turcs.

'La Cour constitutionnelle vient de sauver l'honneur de la justice turque. Nous saluons son courage', a déclaré le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Avant d'ajouter: 'ce n’est qu’un premier pas. Le procès doit toujours s’ouvrir dans un mois. Nous devons tous rester mobilisés. Nous n’aurons pas de repos tant que les accusations absurdes portées contre eux ne seront pas levées'.

/ATS
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