Les fonds des caisses de pension ne doivent pas pâtir du franc fort

Les fonds des caisses de pension ne doivent pas pâtir du franc fort

Photo: Keystone

La situation des caisses de pension en lien avec le franc fort inquiète le Conseil des Etats. Les sénateurs ont demandé jeudi au Conseil fédéral d'analyser les conséquences économiques des taux d'intérêts négatifs prélevés par la Banque nationale suisse (BNS).

Les taux d’intérêt négatifs pourraient coûter 400 millions de francs aux caisses de pension, a relevé Alex Kuprecht (UDC/SZ). Cette mesure est arrivée dans un contexte qui n’a jamais été aussi difficile pour les institutions de prévoyance. Le Conseil fédéral doit avoir le courage d’adapter le taux de conversion cet automne. L'UDC a toutefois renoncé à demander l'exemption des caisses de pension des taux négatifs à ce stade.

Les conséquences de ces taux sur les assurances sociales seront énormes à long terme, a renchéri Paul Rechsteiner (PS/SG). Tout dépendra de combien de temps la mesure restera en vigueur. Si la BNS parvient à faire des bénéfices, il faudra se poser la question d'une restitution.

Payer pour placer son argent est une absurdité économique, a relevé Georges Theiler (PLR/LU). En matière immobilière, les taux négatifs ont fait gonfler les prix à court terme, ce qui n'est pas bon.

Guère d'alternatives

Pour Konrad Graber (PDC/LU), il ne faut pas exagérer. Les taux négatifs ne représentent que des pour mille des avoirs des caisses de pension. Sans eux, le franc serait encore plus surévalué et les institutions peut-être obligées d’amortir des placements à l’étranger. Reste à espérer que les taux négatifs poussent les caisses à moderniser leur politique de placement.

Après la fin du taux plancher, la BNS n'avait pas beaucoup d'alternatives pour éviter un renchérissement supplémentaire du franc, a aussi dit la ministre des finances Eveline Widmer-Schlumpf. Les taux négatifs posent des difficultés aux institutions de prévoyance, mais ce n'est qu'une toute petite part de leurs problèmes. La situation générale des intérêts nuit davantage aux rendements.

La politique monétaire relève exclusivement de la BNS, a rappelé la conseillère fédérale. Le Parlement doit néanmoins s’occuper des conséquences de l’introduction des taux d’intérêt négatifs sur l’économie, a argumenté Pirmin Bischof (PDC/SO) en réclamant un rapport sur le sujet. Le Conseil des Etats a tacitement adopté son postulat.

Tourisme d'achat

Le gouvernement devra aussi étudier un plan de mesures pour lutter contre le tourisme d'achat. Au lieu de recourir au protectionnisme, il vaut mieux améliorer les conditions-cadre pour les entreprises, a objecté la grande argentière. Une meilleure compétitivité permettra d'atténuer les différences de prix avec les pays voisins, a-t-elle ajouté avant de lancer un appel civique à renoncer au tourisme d'achat.

Cette réponse n'a pas satisfait Robert Cramer (Verts/GE), auteur du postulat. Cela revient à dire que les commerçants n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes et à être plus compétitifs, a-t-il critiqué. Des mesures doivent être prises, car tourisme d'achat et taux d'intérêts négatifs forment un cocktail explosif pour l'économie, a renchéri Thomas Minder (ind./SH). Le Conseil des Etats les a suivis par 25 voix contre 13.

A la demande de Paul Rechsteiner, le Conseil fédéral analysera aussi le rôle du franc suisse pour l'économie. Il devra enfin esquisser comment la Confédération peut engager la Suisse vers l'avenir: Konrad Graber (PDC/LU) lui a demandé des 'solutions créatives'. Son postulat donne des pistes comme la création d'un fonds souverain alimenté par des emprunts publics à long terme ou la promotion de partenariats public-privé pour les infrastructures.

/ATS
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