La descente aux enfers de Cardinal débutait il y a 20 ans

La descente aux enfers de Cardinal débutait il y a 20 ans

Photo: Keystone

Le 29 octobre 1996, le groupe argovien Feldschlösschen annonçait la fermeture de la brasserie du Cardinal à Fribourg. Un coup de tonnerre suivi d'une vague de soutien populaire pour cette véritable institution en ville de Fribourg.

Fondée en 1788 par l'aubergiste François Piller, reprise en 1877 par Paul-Alcide Blancpain, Cardinal trouve son nom actuel en 1890, en hommage à la première nomination d'un évêque fribourgeois, Gaspard Mermillod, comme... cardinal par le Pape Léon XIII. Elle déménage en 1904 de la Basse-Ville vers le plateau de Pérolles.

Groupée en 1970 dans la holding Sibra avec les fribourgeois Beauregard, zurichois Weber, argovien Salmen et chaux-de-fonnier Comète, Cardinal se positionne comme marque nationale. Le groupe devient numéro deux du secteur en Suisse, derrière Feldschlösschen.

Jusqu'à un premier coup de tonnerre en 1991: dans un marché de la bière sous pression, le groupe de Rheinfelden (AG) prend une participation 'significative' dans Sibra. Il avalera aussi l'ex-numéro trois suisse, le zurichois Hürlimann, en mai 1996.

Surcapacités rédhibitoires

Séisme ensuite: la holding Feldschlösschen-Hürlimann (FHH) annonce, le 29 octobre 1996, la fermeture de Cardinal à l'automne 1998, arguant de surcapacités. Le plan prévoit aussi que les brasseries Gurten, à Berne, et Hürlimann s'arrêtent respectivement à fin 1996 et 1997 au plus tard.

Au bord de la Sarine, 200 emplois sur 300 sont voués à disparaître. Employés, syndicats, politiciens, journalistes et citoyens s'indignent. Paul Zbinden, président du conseil d'administration de Sibra et membre de celui de FHH, démissionne. Daniel Blancpain, vice-président de l'organe de contrôle de Sibra, aussi.

Réaction épidermique

Une manifestation est prévue dès le lendemain devant la brasserie. Le même jour, les autorités fribourgeoises rencontrent le nouveau président de la direction de FHH, Gérard Stalder, sifflé, hué à son arrivée.

Les dirigeants politiques réclament du groupe brassicole alémanique qu'il reconsidère sa décision, que celui-ci affirme 'définitive'. Plusieurs réunions suivront, les exécutifs formulant diverses propositions pour assurer le maintien du site.

Le 6 novembre, près de 10'000 personnes participent à une manifestation de soutien des employés. La première d'une longue série d'événements: fondation de l'association Point Cardinal, appels au boycott de la bière Feldschlösschen, marche sur Rheinfelden, etc. Le centre de résistance se trouve cependant surtout dans le chef-lieu et ses environs.

Une pétition intitulée 'Sauvez Cardinal' récoltera quelque 130'000 signatures en quatre mois. Le conseil d'administration de FHH fait lui notamment paraître dans plus de 20 quotidiens une pleine page expliquant le bien-fondé de sa décision.

Discussions et compromis

Les autorités fribourgeoises et FHH trouvent finalement un accord le 14 avril 1997. Entre 80 et 100 emplois sont sauvés, FHH renonçant à près de la moitié des quelque 200 suppressions d'emplois annoncées.

Le 25 février 1998, un nouvel accord est paraphé pour maintenir Cardinal à Fribourg jusqu'en 2004. Sur les 122 emplois liés à la production, 92 seront conservés, contre les 62 prévus en 1997. Entre-temps, les actionnaires de Sibra et de FHH acceptaient une fusion des deux groupes.

Jusqu'en 2004, puis...

Le brasseur danois Carlsberg entre en jeu le 3 novembre 2000: il rachète le secteur boissons de FHH pour 870 millions de francs. L'opération comprend notamment 2600 employés et huit sites de production, dont celui de Cardinal, qui devient 'la tête de pont' de Feldschlösschen en Suisse romande.

Une tête qui sera tranchée le 31 août 2010. Feldschlösschen ferme la brasserie fribourgeoise pour concentrer dès juin 2011 sa production à Rheinfelden. Le transfert d'une commande chez le français Kronenbourg ne permet pas de conserver deux sites en surcapacité.

Halle bleue

Une nouvelle vague de protestations démarre, mais la réaction n'est pas aussi vive qu'en 1996. Quelque 3000 personnes manifestent le 4 septembre, Point Cardinal reprend du service.

Après de difficiles négociations, 30 des 75 employés restants bénéficient d'une retraite anticipée, 35 continuent sur d'autres sites. Certains ont préféré quitter la brasserie. La dernière bière y est brassée le 22 juin 2011.

Feldschlösschen emploie aujourd'hui 1300 personnes sur 21 sites en Suisse, dont deux brasseries à Sion et Rheinfelden, où sont désormais produites les Cardinal.

Quant au terrain de la défunte brasserie fribourgeoise, il a été racheté par le canton et la ville de Fribourg et transformé dès 2014 en un pôle technologique, Bluefactory, dont la halle bleue rappelle les façades de tôle de l'ancien hangar de stockage de la brasserie, édifié en 1983.

/ATS
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