La dépression s'abat de nouveau avec force sur les marchés mondiaux

La dépression s'abat de nouveau avec force sur les marchés mondiaux

Photo: Keystone

La dépression s'est de nouveau abattue jeudi sur les marchés mondiaux qui décrochaient nettement, terrassés encore et toujours par un cocktail d'inquiétudes et de doutes à l'égard du pétrole, des banques et de la croissance mondiale.

L'embellie de la veille a donc été étouffée dans l'oeuf par des places financières qui n'en finissent plus de broyer du noir depuis le début de l'année.

La sinistrose, générale en Europe, a également touché Wall Street qui évoluait en net recul. A la clôture, Paris a perdu 4,05%, Francfort 2,93%, Londres 2,39%, Milan 5,63% et Madrid 4,88%. La Bourse suisse a lâché 3,04%. Les marchés asiatiques avaient aussi vu rouge et clôturé massivement en baisse dans la matinée.

'Les deux facteurs qui pèsent sur les marchés restent en place, à savoir les banques et le pétrole', souligne Alexandre Baradez, analyste chez IG France.

'Le répit a été de courte durée sur des marchés inquiets et fragiles, où les valeurs bancaires continuent à être secouées, et les investisseurs se réfugient vers les actifs les plus sûrs ', observe également Jean-François Robin, un stratégiste obligataire de Natixis.

Tsunami bancaire

Les banques, qui cristallisent les peurs depuis quelques jours, étaient en effet en première ligne du décrochage, au point que plusieurs journaux allemands parlaient de 'tremblement de terre bancaire'.

La française Société Générale a reculé à la clôture de 12,6%, l'italienne BMPS de 9,9%, l'espagnole Santander de 6,9%. En Allemagne, Deutsche Bank, première banque allemande, qui avait été contrainte de publier un communiqué pour rassurer sur sa solvabilité s'est enfoncée de nouveau, de 6,1%. A Londres, Barclays a perdu 6,2%. Côté helvétique, Credit Suisse a dégringolé de 8,4% et UBS de 4,6%.

'Pourtant les banques ne sont pas du tout dans une situation similaire à celle de 2007, avec du stress en termes de liquidité et de solvabilité', souligne M. Robin. Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, est d'ailleurs monté au créneau en début d'après-midi en affirmant que la zone euro et ses banques étaient structurellement dans une 'bien meilleure situation' qu'il y a quelques années.

Valeurs refuges recherchées

Les cours du pétrole, autre sujet majeur de préoccupation des marchés,continuaient de se rapprocher de leurs plus bas niveaux depuis 2003, alourdissant encore un peu plus l'ambiance générale.

Corollaire logique de l'aversion totale des investisseurs pour le risque, les valeurs refuges étaient très recherchées. L'or passait ainsi au-dessus des 1200 dollars. Le taux d'emprunt à 10 ans de l'Allemagne, le fameux 'Bund', s'est fortement détendu et évoluait désormais sous les 0,2%. A l'inverse, les dettes des pays du sud de l'Europe étaient sous pression, Grèce et Portugal en tête.

Pour Christopher Dembik, un économiste de Saxo Banque, 'le coeur du problème, c'est le décalage entre les attentes des marchés en début d'année et la réalité des chiffres. Tout le monde croyait que l'année 2016 serait celle de la reprise mais, dès les premiers jours de janvier, la Banque mondiale, puis le FMI, ont revu nettement à la baisse leurs prévisions de croissance pour l'année en cours'.

Panique auto-entretenue

'Fondamentalement, le contexte n'est pas très différent' avec un 'ralentissement chinois connu depuis 2009, une incurie du système bancaire italien et la nécessité d'une 'bad bank' (entité regroupant les actifs à risque) pour le purger depuis 2012', développe-t-il. Selon lui, 'désormais la panique est auto-entretenue et les marchés ne font plus guère attention aux fondamentaux'.

Si les marchés sont aussi désorientés depuis le début de l'année, c'est aussi parce que les banques centrales peinent de plus en plus à rassurer. 'Seule une action des banques centrales pourrait encore rassurer, mais elles disposent de moins en moins d'instruments pour surprendre les investisseurs', analyse M. Dembik.

/ATS
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