L'abandon du taux plancher n'a pas fait que des malheureux

L'abandon du taux plancher n'a pas fait que des malheureux

Photo: Keystone

L'abandon du taux plancher il y a presque un an et la brusque revalorisation du franc par rapport à l'euro ont provoqué un choc sur l'économie helvétique. Mais la décision de la Banque nationale suisse (BNS) n'a pas fait que des malheureux dans le pays.

'Les Suisses sont devenus plus riches', confirme Jan-Egbert Sturm, directeur du Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Et des pans entiers de l'économie nationale ont profité des gains de change et des reculs de prix dictés par le franc, selon lui, à l'instar de la formation.

'La consommation agrégée à prix courants, donc en termes nominaux, a pratiquement stagné cette année', indique Eric Scheidegger, chef de la Direction de la politique économique du Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO). Selon lui, on peut donc partir du principe que les ménages, dans leur ensemble, ont davantage épargné, puisque les revenus ont progressé davantage que la consommation.

Bonne nouvelle donc tant pour les achats que pour l'épargne. Difficile de chiffrer les gains, au final, pour les consommateurs. 'Selon les branches, les importateurs ont répercuté de manière variable la baisse des prix à l'importation', explique Eric Scheidegger. Dans l'électronique et l'habillement par exemple, l'impact a été immédiat.

Bonne déflation

L’indice suisse des prix à la consommation a fléchi depuis le début de l’année passée, d'une part en lien avec l’appréciation du franc, d'autre part en raison de la chute des cours du pétrole et de l’énergie. Pour 2015, la BNS prévoit une 'inflation négative' de −1,1%.

Pour le moment, nous bénéficions d'une 'bonne' déflation, indique Michel Girardin, professeur de macro-finance à l'Université de Genève. Certes, la faiblesse des prix s'avère positive pour le consommateur et le touriste suisse à l'étranger, pour les achats transfrontaliers, pour les prix à l'importation.

'Mais si le phénomène perdure, le consommateur a tendance à reporter ses achats, avec pour conséquence une forte chute de la consommation', poursuit l'expert. Or, la BNS anticipe désormais que le renchérissement négatif se prolongera jusqu'en 2017. Ce qui fait poindre, selon M. Girardin, un danger de 'mauvaise' déflation, dont le Japon est l'exemple.

Fonctionnaires gagnants

De janvier à septembre 2015, les salaires nominaux ont progressé entre 0,5 et 0,8% sur un an, selon les chiffres trimestriels publiés par l'Office fédéral de la statistique (OFS). UBS attend pour l'ensemble de l'année un relèvement de 0,8%. Dès lors, les salaires réels devraient se rehausser autour de 2%.

Si les rémunérations sont en général indexées vers le haut, l'inflation négative n'est elle pas reflétée, relève Tibère Adler, directeur romand d'Avenir Suisse. 'Dans les secteurs où les coûts et les revenus sont essentiellement libellés en francs, les salariés sont gagnants'.

C'est le cas de la fonction publique, soutient Tibère Adler. Soit environ 350'000 actifs dans le pays, selon le dernier recensement disponible. A ceux-ci s'ajoutent les actifs du parapublic et les quelque 300'000 frontaliers étrangers payés en devises helvétiques, qui ont touché le jackpot en début d'année.

Investissements stables

Les importateurs purs, à l'instar de l'industrie automobile, ont pâti des baisses des prix jusqu'à 15%, consenties pour rester concurrentiels. Mais la pharma, par exemple, où près de 40% des 'entrants' sont achetés à l'étranger, a pu tirer parti d'une réduction des prix des biens d’investissement étrangers, selon Avenir Suisse.

Parmi les secteurs qui ont bénéficié de produits intermédiaires plus avantageux, sans subir la pression des exportations, figurent la santé et la construction, ajoute le SECO. Les hôpitaux, les cabinets de médecins, les bureaux d'architectes et les consultants. Pour l'industrie, le tableau reste mitigé.

Les investissements se révèlent 'étonnamment stables', selon Eric Scheidegger. D'abord, ils reflètent la chute des prix des biens d'investissements importés. Mais encore, les branches peu sensibles aux variations de change ont pu maintenir leur activité d'investissement.

Là aussi, la pharma/chimie est gagnante, tout comme le luxe - horlogerie haut de gamme, bijouterie, relève le SECO. Car ces branches peuvent plus facilement se permettre d'augmenter leur prix à l'étranger. La banque ou l'assurance ont aussi profité pour investir dans leur système informatique.

Moindre des deux maux

Dans les affaires courantes du secteur financier, le cours plancher avait réduit les volumes de transactions et la volatilité des taux de change, indique Angelo Renaldo, professeur de finances et risque systémique à l'Université de St-Gall. Son abandon a ramené de l’activité spéculative et de hedging (couverture contre le risque de variations défavorables d'un actif), qui représente aussi une source de rentabilité pour les banques.

'Entre l'abandon du taux plancher et les taux d'intérêt négatifs, le premier est le moindre des deux maux', déclare Daniela Flückiger, porte-parole de l'Association suisse des banquiers. Malgré le recul des revenus sur les marchés de la zone euro, l'effet direct a tout de même été une expansion des transactions en Bourse et des revenus des commissions, convient-elle.

/ATS
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