Axpo demanderait 4 milliards de francs en cas de oui à l'initiative

Axpo demanderait 4 milliards de francs en cas de oui à l'initiative

Photo: Keystone

Si le peuple suisse accepte l'initiative des Verts 'Sortir du nucléaire', l'exploitant Axpo demandera 4,1 milliards de francs d'indemnisation. C'est bien plus que ce que chiffre jusqu'ici le Conseil fédéral. L'Office fédéral de l'énergie relativise.

'Evidemment', répond le patron d'Axpo Andrew Walo, à la question de savoir si la firme demanderait une indemnisation en cas de 'oui' à l'initiative des Verts. 'Tous les avis de droit que nous avons obtenus sur cette question sont formels, les bases légales pour une indemnisation par la Confédération existent', indique-t-il dans une interview à la NZZ am Sonntag.

Axpo dit avoir calculé le montant de 4,1 milliards sur la base d'une estimation de l'Office fédéral de l'énergie (OFEN), qui prévoit que les prix de l'électricité vont repartir à la hausse. 'Nous allons donc perdre des recettes', selon le chef de l'entreprise argovienne.

Prudence avec les estimations

L'OFEN ne commente pas ce montant. 'Je ne sais pas à quelle estimation de l'OFEN Monsieur Walo se réfère', répond Marianne Zuend, cheffe de sa Division médias et politique, contactée par l'ats.

Elle précise que les prix du marché à terme pour l'année 2017 se situent à 37,45 euros/MWh (40,64 francs/MWh) et ne montrent pas de signes de reprise en 2018 (32,13 euros/MWh) ou en 2019 (31,1 euros/MWh). Une estimation de l'OFEN table certes sur une reprise des prix, mais dans la deuxième moitié des années 2020 seulement.

'De telles estimations sont très difficiles d'établir dans les conditions actuelles du marché. Il convient donc de les interpréter avec prudence', souligne Marianne Zuend.

Les craintes du Conseil fédéral

Le Conseil fédéral, opposé à l'initiative en votation le 27 novembre, craint justement des demandes d'indemnisation en cas de débranchement anticipé des cinq centrales nucléaires du pays. Il les chiffre toutefois clairement plus bas que ce qu'annonce Axpo, à quelques centaines de millions de francs par centrale. Axpo exploite celles de Beznau I et II, et de Leibstadt (AG).

Jusqu'à présent, il y a eu deux cas d'indemnisation. La Confédération a versé 350 millions de francs à l'exploitant de la centrale de Kaiseraugst (AG) pour les investissements déjà réalisés. Le projet, approuvé en 1985, a été stoppé après Tchernobyl. Berne a aussi dû débourser 227 millions en 1996 pour n'avoir pas accordé l'autorisation cadre à l'exploitant de la centrale de Graben (BE).

Du bluff, selon la SES

'Une action en dommages et intérêts serait certes possible, mais n'a aucune chance de succès devant un tribunal', car aujourd'hui comme dans un futur prévisible, Axpo ne gagne pas d'argent avec Beznau, a réagi dans un communiqué la Fondation suisse de l'énergie (SES).

Faire valoir des dommages financiers est 'à peine possible voire vain', selon l'organisation. Elle estime plutôt que ce sont les contribuables qui devront assainir les déchets toxiques des entreprises électriques pour les préserver d'un 'grounding'.

'Les perspectives des centrales nucléaires sont si mauvaises que le financement de leur démantèlement et de leur traitement par les exploitants n'est plus assuré', s'alarme la SES. Elle relève que différents experts estiment les coûts de fermeture et d'assainissement entre 27 et 100 milliards de francs, et que seuls 6,2 milliards sont jusqu'à présent épargnés.

Beznau: pas d'arrêt quoiqu'il arrive

Axpo réfute en outre vouloir tirer quoiqu'il arrive la prise de Beznau, plus assez rentable, comme l'en accusent les opposants au nucléaire. 'Nous avons toujours dit que Beznau pourrait poursuivre largement au-delà de 2020, tant que nous pouvons assurer la sécurité', assure son patron.

La firme a investi des centaines de millions de francs dans ce but. Beznau I est à l'arrêt depuis mars 2015. En service depuis 1969, il s'agit du plus vieux réacteur au monde encore en exploitation.

L'initiative populaire des Verts veut débrancher les centrales nucléaires après 45 ans et remplacer le courant qu'elles produisent par des énergies renouvelables. Si le peuple dit 'oui', Beznau I devrait être arrêtée l'année prochaine. Idem pour les centrales de Beznau 2 et de Mühleberg. Gösgen devrait être arrêtée en 2024 et Leibstadt en 2029. Les BKW, l'exploitant de Mühleberg, ont déjà décidé de fermer le site en 2019 pour des raisons économiques.

/ATS
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