Campagne pour Snowden, la Maison Blanche veut qu'il soit jugé

Campagne pour Snowden, la Maison Blanche veut qu'il soit jugé

Photo: Keystone

Plusieurs associations de défense des libertés ont lancé mercredi une vaste campagne pour pousser le président Barack Obama à accorder sa grâce à Edward Snowden. La Maison Blanche a elle réaffirmé sa position: il doit rentrer aux Etats-Unis pour être jugé.

'Son attitude a mis des vies américaines en danger. Il devrait rentrer aux Etats-Unis pour répondre des très graves poursuites dont il fait l'objet', a déclaré Josh Earnest, porte-parole de l'exécutif américain. Il réaffirme ainsi la position de l'administration Obama depuis le début de l'affaire.

Interrogé il y a quelques jours sur une éventuelle grâce présidentielle, M. Earnest avait souligné qu'Edward Snowden, actuellement réfugié en Russie, n'avait pas été condamné. La question ne se pose donc pas à ce stade.

Pardonsnowden.org

Principal élément de cette campagne lancée dans les derniers mois de l'administration Obama par Amnesty International, Human Rights Watch et l'ACLU, puissante association américaine de défense des libertés: une pétition en ligne sur pardonsnowden.org.

Le texte a déjà été paraphé par de grands avocats et des personnalités comme l'écrivain Joyce Carol Oates, l'acteur Martin Sheen ou encore le chanteur Peter Gabriel. L'ancien candidat à l'investiture démocrate pour la Maison Blanche, Bernie Sanders, a lui aussi réclamé dans un tweet mercredi soir une 'forme de clémence' pour Snowden.

Les organisateurs comptent sur le fait que 'le président réfléchit à sa marque dans l'histoire' et peut 'prendre des décisions difficiles'.

Trente ans

Edward Snowden risque 30 ans de prison aux Etats-Unis pour espionnage. Cet ancien consultant de la très secrète agence de renseignements NSA avait dévoilé à des journalistes en 2013 l'ampleur du réseau de surveillance électronique américain mis en place après les attentats du 11 septembre 2001.

'M. Snowden n'est pas un lanceur d'alerte', a martelé le porte-parole de la Maison Blanche. Il a assuré qu'il existait un processus spécifique qui permet aux lanceurs d'alerte 'd'exprimer leurs inquiétudes' tout en protégeant 'les secrets de sécurité nationale des Etats-Unis'.

En juillet, la Maison Blanche avait opposé une fin de non-recevoir à une première pétition rassemblant plus de 160'000 signatures. Mais Anthony Romero, directeur exécutif de l'ACLU, puissante association américaine de défense des libertés, s'est dit mercredi convaincu que cette position pouvait 'changer avec la réaction du public' et une signature massive de la pétition.

Bénéfiques

L'ACLU s'est d'ailleurs offert une pleine page de publicité dans le Washington Post mercredi pour appeler au pardon d'Edward Snowden, avec notamment un grand portrait du jeune homme qui tient contre son visage ce qui semble être un drapeau américain. 'Edward Snowden s'est battu pour notre liberté. Il est temps qu'il puisse bénéficier de la sienne', peut-on lire.

Les arguments des défenseurs de Snowden sont les suivants: même s'il reconnaît avoir enfreint la loi en diffusant des secrets d'Etat, ses révélations ont été bénéfiques. Celles-ci ont entraîné l'amendement de lois anticonstitutionnelles et une meilleure protection de la vie privée des utilisateurs d'internet dans de nombreux pays.

Le lancement de cette campagne coïncide avec la sortie sur les écrans du film 'Snowden' d'Oliver Stone. Le réalisateur américain plaide aussi pour son pardon.

Appel en vidéo

Edward Snowden, 33 ans, a répété mercredi lors d'une vidéoconférence qu'il regrettait de ne pouvoir bénéficier aux Etats-Unis d'un procès juste et équitable. La loi sur l'espionnage (Espionage Act) 'ne permet pas la défense d'un lanceur d'alerte', a-t-il déploré. 'Elle ne fait pas de distinction entre ceux qui donnent des informations gratuitement à des journalistes et des espions qui les vendent à des gouvernements étrangers'.

'Il y a des lois qui disent certaines choses mais c'est peut-être la raison pour laquelle il existe le pardon, pour les exceptions, pour les choses qui semblent illégales à la lecture mais qui, si on les regarde d'un point de vue moral, éthique (...) apparaissent comme nécessaires, vitales', avait-il aussi plaidé dans une vidéo diffusée mardi par le quotidien britannique The Guardian.

/ATS
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